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A196 La Parole que le Seigneur a donnée, autorité inébranlable

Article de Richard Bennett

Traduction d'un article paru en anglais sur le site www.bereanbeacon.org

Note préliminaire  : Dans cet article, comme dans la plupart des articles du même auteur, l'expression "Les Ecritures", ou "L'Ecriture", désigne la Bible, Parole de Dieu.

     Quand on aborde ce sujet, je comprends bien le désarroi et le doute qu'il peut susciter dans le cœur d'un catholique. J'ai vécu, moi aussi, pendant bien des années dans le désarroi pour cette même raison. Il est absolument capital de comprendre qu'il existe bien une autorité inébranlable qui est la Parole écrite de Dieu, car la foi qui sauve est inséparable des Ecritures. Celui qui compte vraiment sur la puissance et la fidélité de Dieu est assuré de recevoir les choses que Dieu a promises : "Or la foi est l'assurance des choses qu'on espère, la démonstration de celles qu'on ne voit pas" (Hébreux 11 : 1). La Parole de Dieu est le fondement objectif sur lequel repose une foi de cette nature. Quand la foi repose sur une autorité solide, elle consiste à s'attendre à ce que le Seigneur Dieu accomplisse tout ce qu'Il a nous a promis, à nous qui sommes en Christ "et nous, nous avons cru, et nous avons connu que tu es le Christ, le Saint de Dieu" (Jean 6 : 69). A cause de ce lien indissoluble entre les Ecritures et la foi véritable, il nous faut étudier ce que disent les Ecritures de leur propre véracité. Souvenez-vous des paroles si belles de l'apôtre Paul : "[L'amour] ne se réjouit pas de l'injustice, mais il se réjouit de la vérité" (1 Corinthiens 13 : 6).

Les Ecritures dans ma jeunesse

     Les Ecritures ont joué un rôle au cours de ma jeunesse catholique. J'avais différents livres du Nouveau Testament dans mon cartable quand je fréquentais les classes du primaire et du secondaire au Collège Jésuite de Belvedere. Dans nos cours de religion, le livre le plus important était le Catéchisme, que nous apprenions par cœur ; mais les Ecritures étaient aussi au programme. La chose la plus claire dans mon esprit, cependant, c'était l'idée que le Pape était infaillible. Quand j'ai eu douze ans en 1950, un exemple particulièrement frappant de l'autorité absolue du Pape m'a été donné le jour où on a vu Pie XII, émacié et imposant, proclamer le dogme de l'Assomption de Marie au ciel. On nous disait que puisque le Pape était infaillible, ses enseignements étaient absolument vrais. Ne pas croire ce qu'il disait, c'était un péché mortel. Ce que j'ai retenu alors dans mon esprit, c'était qu'on devait faire confiance au Pape et croire que Marie, avec son corps et son âme, était au ciel ; et par-dessus tout, qu'il fallait accepter de dépendre du Pape pour être pleinement assuré de savoir ce qu'était la vérité.

Les Ecritures au Séminaire

     Pour nous préparer à la prêtrise après trois ans d'étude de la philosophie, nous avons passé quatre ans à étudier la théologie. Nous avons fait certains travaux de critique textuelle, littéraire, et historique des textes de la Bible sous la conduite du prêtre dominicain Wilfred Harrington (1). Il s'agissait d'un travail ardu, et souvent il nous fallait recourir aux décrets de la Commission Biblique de Rome pour trancher certaines questions. Par la suite, quand les décrets de Vatican II ont paru, j'ai été rassuré en voyant que le Magistère de l'Eglise enseignait que les livres de la Bible étaient exempts d'erreur. Voici ce que disait l'Eglise :

"Les livres entiers tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, la Sainte Mère Eglise les tient, en vertu de la foi reçue des apôtres, pour saints et canoniques… Puis donc qu'on doit maintenir comme affirmé par le Saint-Esprit tout ce qu'affirment les auteurs inspirés ou hagiographes, il s'ensuit qu'on doit confesser que les livres de l'Ecriture enseignent nettement, fidèlement et sans erreur, la vérité telle que Dieu, en vue de notre salut, a voulu qu'elle fût consignée dans les Saintes Lettres." (2)

S'il était rassurant, d'un côté, de savoir que "La Sainte Mère Eglise" déclarait que les livres des Ecritures sont "sans erreur", l'idée dominante dans mon esprit n'en restait pas moins que nous devions voir dans "la Sainte Mère Eglise" l'autorité ultime, l'autorité absolue.

Les Ecritures au cours de ma prêtrise

     Ce que j'avais connu au Collège des Jésuites et au cours de mes années de séminaire, je l'ai retrouvé pendant mes années de prêtrise. Je m'appuyais sur le fait que "La Sainte Mère Eglise" tenait les Ecritures pour véridiques. Ma certitude concernant les Ecritures me ramenait toujours à mon Eglise et à mon Pape. Cette relation réciproque entre le Magistère (l'autorité enseignante) de l'Eglise catholique et les Ecritures, Rome continue de l'enseigner. Le Catéchisme de l'Eglise catholique, § 95 déclare : "Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Ecriture et le Magistère de l'Eglise, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu'aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres" (3). On voit ainsi que du point de vue catholique, ce doit être le Magistère de l'Eglise (l'autorité enseignante) qui garantit la véracité des Ecritures. Pour un catholique, les Ecritures Saintes ne peuvent pas tenir en-dehors du Magistère et de la Tradition de l'Eglise catholique.

Le revirement

     En 1979, au cours d'une visite à Seattle dans l'état de Washington, j'ai fait une découverte qui a bouleversé ma façon de penser. J'ai commencé à comprendre qu'on pouvait faire confiance à l'Ecriture en elle-même. En m'aidant de la Concordance de Strong, j'ai commencé à étudier ce que l'Ecriture dit d'elle-même. Dans la Bible, j'ai découvert des versets tels que : "l'écriture ne peut pas être abolie" (Jean 10 : 35). J'ai vu aussi que le Christ Jésus a enseigné que l'Ecriture et la vérité étaient une seule et même réalité, puisqu'Il a prié : "Sanctifie-les par la vérité : ta parole est la vérité" (Jean 17 : 17). Un commandement de l'Ancien Testament m'a ouvert les yeux : "n'ajoute pas à ses paroles, de peur qu'il ne te reprenne, et que tu ne sois trouvé menteur" (Proverbes 30 : 6). J'ai aussi essayé de mémoriser cette affirmation de l'apôtre Paul : "Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour éduquer dans la justice" (2 Timothée 3 : 16-17). Tout cela semblait être résumé dans les paroles de l'apôtre : "Que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur" (Romains 3 : 4).

     J'ai découvert cela quand on m'a demandé de parler au groupe de prière de l'Eglise catholique St. Stephen à Seattle. J'ai choisi comme sujet l'autorité des Ecritures. C'était la première fois de ma vie que je traitais ce sujet. Par la suite, on m'a demandé de parler dans une grande paroisse de Vancouver, en Colombie Britannique. Pour l'essentiel, j'ai prêché sur ces mêmes passages des Ecritures, démontrant que la Parole de Dieu est vraie en elle-même. J'ai prêché avec ferveur, tenant la Bible dans la main droite, en la levant souvent au-dessus de ma tête pour bien insister sur ce que je disais. J'ai terminé par ces paroles : "Je l'atteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu'un y ajoute, Dieu ajoutera à son sort les plaies décrites dans ce livre" (Apocalypse 22 : 18). Trois jours plus tard, l'Archevêque de Vancouver, James Carney, m'a convoqué dans son bureau. Il était tellement furieux à la suite du rapport qu'on lui avait fait de ma prédication qu'il m'a officiellement imposé le silence, m'interdisant de prêcher dans son archidiocèse.

La question de l'autorité dans ma dernière paroisse

     Cette question fondamentale, celle de la fiabilité des Ecritures, a continué à me travailler, surtout au cours de mes six dernières années comme prêtre de paroisse à Trinidad, de 1979 à 1985. Depuis mon enfance, on avait comme gravé dans mon cerveau l'idée que l'Eglise catholique détient l'autorité suprême dans toute question touchant à la foi ou à la morale. Non seulement Rome possédait la suprématie, mais encore on l'appelait "notre Sainte Mère". Comment m'opposer à ma "Sainte Mère", puisque mon rôle officiel consistait à dispenser ses sacrements et à apprendre aux gens à lui demeurer fidèles ? Deux ans plus tard, je n'avais toujours pas résolu ce problème ; à la Nouvelle-Orléans, au cours d'un séminaire sur le renouveau des paroisses, j'ai publiquement renouvelé ma consécration à l'Eglise catholique, autorité suprême. Cependant, après mon retour à Trinidad, j'ai été une fois de plus confronté aux problèmes de la vraie vie, et je suis revenu vers les Ecritures pour y chercher l'autorité suprême. Si je mentionne cette manifestation d'infidélité à la Nouvelle-Orléans pendant ma quête de l'autorité absolue, c'est pour montrer que ce qui m'a ouvert les yeux, ce n'est ni ma recherche, ni quelque cohérence personnelle, mais bien la grâce de Dieu.

     Pour finir, cette tension est devenue une véritable lutte intérieure. Tantôt je m'alignais sur la "Sainte Mère" pour trouver en elle l'autorité absolue, tantôt c'était dans l'Ecriture que je voyais l'autorité suprême. Mon estomac m'a beaucoup fait souffrir pendant ces années-là, et mes émotions étaient tiraillées d'un côté et de l'autre. Dans la pratique, je plaçais l'autorité absolue des Ecritures sous l'autorité suprême de la "Sainte Mère" l'Eglise. On peut voir un symbole de cette contradiction dans la manière dont j'ai traité les quatre statues de l'église paroissiale de Sangre Grande. J'ai enlevé et brisé les statues de St. François et de St. Martin, parce que le Deuxième Commandement de la Loi de Dieu dit : "Tu ne te feras pas de statue, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, ou de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre" (Exode 20 : 4). J'ai également enlevé la statue du Sacré Cœur de Jésus et celle de Marie, mais un vain respect m'a retenu de les briser. Quand certains ont fortement protesté contre la disparition de ces statues, j'ai remis en place celles de Jésus et de Marie, à cause de l'autorité supérieure de "la Sainte Mère", qui déclare dans son Droit canonique : "La pratique qui consiste à proposer dans les églises des saintes images à la vénération des fidèles sera maintenue" (4). Je ne comprenais pas alors qu'en agissant ainsi, j'affirmais en fait que la Parole Ecrite de Dieu est soumise à l'autorité catholique romaine.

     Tout en ayant déjà appris que la Parole de Dieu est par elle-même un absolu, j'essayais au prix de terribles souffrances de maintenir que l'Eglise catholique détenait plus d'autorité que les Ecritures de Dieu, même dans des domaines où les affirmations de "la Sainte Mère Eglise" étaient parfaitement contraires aux Ecritures. Je voudrais souligner clairement une chose : il est capital que les Catholiques comprennent la fiabilité parfaite des Ecritures. Je vais donc traiter cette question dans le détail comme il convient.

La Vérité et les Ecritures

     Dans Sa prière de Souverain Sacrificateur, Sa prière sacerdotale, le Seigneur Jésus-Christ a clairement proclamé que la Parole de Dieu est la vérité. Il a dit : "Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité." Non seulement la Parole de Dieu contient la vérité, mais elle est par elle-même la vérité. L'Ancien Testament ne dit pas autre chose : le Saint-Esprit y proclame constamment que la révélation donnée par Dieu est la vérité. Pour notre Seigneur Lui-même, la vérité et la Parole écrite ne font qu'un. L'unique source dont on puisse dire : "ta parole est la vérité", c'est l'Ecriture. Il n'y en a pas d'autre. Cette source, l'Ecriture, est le seul critère de vérité pour le croyant.

     Dans le Nouveau Testament, la Parole de Dieu, et elle seule, est l'autorité suprême à laquelle se réfèrent le Seigneur Jésus-Christ et Ses apôtres. Au cours de la tentation, par trois fois le Seigneur Jésus-Christ a résisté à Satan en disant : "Il est écrit." Il lui a répliqué par ces paroles : "Il est écrit : l'homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Matthieu 4 : 4). En affirmant : "Il est écrit", le Seigneur a montré qu'il acceptait sans réserves l'autorité de la Parole écrite. Il l'a clairement fait comprendre aussi quand Il a déclaré : "Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. En vérité je vous le dis, jusqu'à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu'à ce que tout soit arrivé" (Matthieu 5 : 17-18).

Condamnation des autres sources d'autorité

     Le Christ Jésus a sans cesse fustigé et réprimandé les Pharisiens, parce qu'ils mettaient leur tradition sur un pied d'égalité avec la Parole de Dieu. Il les a condamnés parce qu'ils cherchaient à corrompre les fondements même de la vérité en plaçant leurs traditions aussi haut que la Parole de Dieu. Il a déclaré : "Vous annulez ainsi la parole de Dieu par votre tradition que vous vous êtes donnée" (Marc 7 : 13). Ces traditions des Pharisiens étaient des préceptes, des ordonnances et des règles religieuses élaborées par les savants et les enseignants religieux au fil du temps. Elles avaient été transmises oralement, et aussi par des écrits revus et corrigés de façon sélective. Ces traditions à la fois orales et écrites formaient un ensemble véhiculant toute une culture. Celle-ci était devenue un code officiel d'interprétations et de directives pour la vie religieuse. Même les enseignements limpides des Ecritures avaient fait l'objet d'un tri ; on les avait modifiés pour les adapter aux goûts et aux préférences des hommes. De plus, nous lisons dans Matthieu 22 : 29 ce que Jésus disait aux Sadducéens alors qu'Il réfutait leurs erreurs  : "Vous êtes dans l'erreur, car vous ne connaissez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu" (5).

     "Toute écriture est inspirée de Dieu" (2 Timothée 3 : 16). Puisque seule l'Ecriture est inspirée (6), seule elle constitue l'autorité suprême ; seule, elle est le juge suprême de toute tradition humaine, de tout raisonnement humain. La Parole de Dieu enseigne que "Toute parole de Dieu est éprouvée. Il est un bouclier pour ceux qui se réfugient en lui." Puis elle commande : "N'ajoute rien à ses paroles, de peur qu'il ne te reprenne et que tu ne sois trouvé menteur" (Proverbes 30 : 5-6). Dieu insiste sur ce point : personne ne doit ajouter quoi que ce soit à Sa Parole. Cet enseignement et ce commandement montrent avec force que seule la Parole de Dieu est pure et exempte de pollution. La vérité, la voici : puisque c'est Dieu seul qui inspire Sa Parole écrite (7), cette Parole, et elle seule, est l'unique règle de foi. Il ne peut en être autrement. Toute église qui contredit l'Ecriture ou qui tente de la reléguer à une place inférieure dans la vie de foi est à coup sûr menteuse et trompeuse : elle voudrait chasser Dieu de Son trône afin de s'emparer elle-même de l'autorité absolue.

L'expression "Sola Scriptura" (l'Ecriture seule).

     Depuis que les Dix Commandements ont été donnés sur le Mont Sinaï, où le Dieu Saint a gravé de Son doigt les tables de pierre (Exode 31 : 18) jusqu'à ce jour, la Parole écrite de Dieu a été présente dans le monde. L'expression "Sola Scriptura" (l'Ecriture seule) comme critère de vérité, signifie que l'Ecriture est l'unique point de référence permettant de découvrir ce qu'il faut croire au sujet de Dieu, et quels sont les devoirs que Dieu assigne à l'homme. L'expression "l'Ecriture dit" implique qu'on parle uniquement de ce qui a été mis par écrit, et non de quelque ouï-dire. Le commandement qui nous est fait de croire ce qui est écrit signifie que nous ne devons recevoir que la parole pure venant de Dieu. Cette Parole établit une séparation claire et nette entre toutes les autres sources et cet ensemble de vérités que l'homme est tenu de croire. C'est de la vérité incorruptible de Dieu qu'il s'agit. L'enjeu pour les hommes, c'est la possibilité d'avoir une certitude, comme il est dit dans Proverbes 22 : 21 : "Pour te faire connaître ce qui est sûr, des paroles vraies." Le salut des âmes immortelles demande la certitude. Dans le tout dernier commandement, Dieu commande expressément que personne n'ajoute rien et que personne ne retranche rien à Sa Parole écrite. "Je l'atteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu'un y ajoute, Dieu ajoutera à son sort les plaies décrites dans ce livre. Et si quelqu'un retranche des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre" (Apocalypse 22 : 18-19).

Le principe d'interprétation

     Le principe de "l'Ecriture seule" est dans le droit fil de ce qu'affirme la divine Parole de vérité sur la manière dont il faut l'interpréter. Le verset 9 du Psaume 36 explique : "Car en toi est la source de vie : par ta lumière, nous voyons la lumière." La vérité de Dieu se voit à la lumière de la vérité de Dieu. C'est exactement ce que dit l'apôtre Paul : "Et nous en parlons, non pas avec des discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit, en expliquant les réalités spirituelles à des hommes spirituels" (1 Corinthiens 2 : 13). C'est justement à la lumière répandue par la vérité de Dieu qu'on voit Sa vérité. L'Ecriture fournit sa propre règle d'interprétation. Sous l'impulsion du Saint-Esprit, l'apôtre Pierre déclare : "Avant tout, sachez qu'aucune prophétie de l'Ecriture ne peut être l'objet d'une interprétation particulière, car ce n'est nullement par une volonté humaine qu'une prophétie a jamais été présentée, mais c'est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu" (2 Pierre 1 : 20-21). Pierre souligne bien que pour maintenir la pureté de l'Ecriture, la source d'interprétation doit provenir de la même source pure que l'Ecriture elle-même. L'Ecriture ne peut être comprise correctement qu'à la lumière du Saint-Esprit. Seule la lumière du Saint-Esprit donne une bonne compréhension de l'Ecriture. Le Saint-Esprit fait en sorte que ceux qui appartiennent à Dieu comprennent l'Ecriture. Comme c'est au travers de l'Ecriture que le Saint-Esprit accomplit cela, c'est le même principe qui est à l'œuvre : l'Ecriture elle-même est la règle d'interprétation de sa propre vérité ; "et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la vérité" (1 Jean 5 : 6).

     Ceux qui désirent sincèrement être fidèles au Seigneur quant à ce critère de "l'Ecriture seule" doivent se tourner vers le Seigneur et obéir à Son commandement : "Revenez pour écouter mes réprimandes ! Voici que je répandrai sur vous mon Esprit, je vous ferai connaître mes paroles" (Proverbes 1 : 23). Celui qui aspire de tout cœur à la vérité dans ce domaine essentiel doit avoir l'attitude décrite dans le Psaume 51 au verset 19 : "Un cœur brisé et contrit, Ô Dieu, tu ne le dédaignes pas." Le Seigneur ne dédaignera pas un tel cœur : Il lui révélera les vérités absolument fondamentales concernant le Seigneur Jésus-Christ et les apôtres. Comme l'a dit l'apôtre Jean : "C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai" (Jean 21 : 24). Tout comme Pierre et Paul, l'apôtre Jean a écrit pour que ceux qui sont réconciliés avec Dieu sachent que son témoignage est véridique.

L'Ecriture est suffisante, et elle est claire

     L'Ecriture suffit pleinement. L'apôtre Paul le déclare en ces termes : "Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour éduquer dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit adapté et préparé à toute œuvre bonne" (2 Timothée 3 : 16-17). A elle seule, l'Ecriture suffit pleinement pour établir la vérité absolue, l'autorité absolue. En effet, la Parole de Dieu contient sa propre règle spirituelle d'interprétation historique et grammaticale. Les passages de l'Ecriture dont le sens est clair clarifient les passages qui au premier abord semblent obscurs. Le Saint-Esprit Lui-même est donné au croyant pour que, par la prière diligente et l'étude comparative, il connaisse à la fois le sens de l'Evangile et la volonté de Dieu. En comparant l'Ecriture à l'Ecriture, et en se soumettant au ministère éclairant du Saint-Esprit, le lecteur à l'esprit renouvelé sera gardé du péril des séductions mystiques issues de son imagination, et centrées sur son ego. Il sera gardé du fanatisme religieux et des hérésies sectaires. L'homme naturel qui n'a pas été vivifié par le Saint-Esprit, qui n'est pas habité par le Saint-Esprit, n'a que son intelligence enténébrée pour le guider. Comme le dit l'Ecriture : "Mais l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge" (1 Corinthiens 2 : 14).

     L'Ecriture est si claire que même un enfant peut parvenir à la foi au travers de la Parole écrite. L'apôtre Paul écrit à Timothée : "Depuis ton enfance, tu connais les écrits sacrés : ils peuvent te donner la sagesse en vue du salut par la foi en Christ-Jésus" (2 Timothée 3 : 15). L'Ecriture est en grande partie très claire et facile à comprendre. Par exemple, dans Jean 3 : 36 on lit : "Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne se confie pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui." Le sens de ce verset est parfaitement clair et précis, comme c'est le cas pour la plus grande partie de l'Ecriture.

Certains disent que la doctrine de "L'Ecriture seule" n'est pas viable. Qu'en penser ?

     Pour tenter de justifier la tradition en tant qu'autorité, on fait souvent appel au dernier verset de l'Evangile de Jean : "Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pourrait contenir les livres qu'on écrirait" (Jean 21 : 25). Bien sûr, le Seigneur a dit et fait beaucoup de choses qui ne sont pas enregistrées dans l'Ecriture. Cependant, l'Ecriture demeure l'enregistrement qui fait autorité, celui que le Saint-Esprit a donné à Son peuple. Il n'est pas une seule phrase dont on puisse affirmer avec autorité qu'elle est du Seigneur, en-dehors de la Parole contenue dans le Nouveau Testament. Il est futile de fonder l'autorité sur une tradition que le Saint-Esprit n'a pas donnée. Il est tout simplement faux de prétendre que la tradition a pu préserver de façon sûre des paroles et des actes du Seigneur par une transmission de bouche à oreille. Il est ridicule de prétendre que cela puisse être, car le langage parlé n'est pas stable, la communication orale est bien fragile, et la mémoire humaine n'est pas fiable. Croire aux traditions humaines, c'est faire preuve de superstition, de naïveté spirituelle, de crédulité irrationnelle. L'Ecriture donne même un exemple d'une fausse tradition qui était déjà à l'œuvre quand Jean a rédigé son Evangile : "Le bruit se répandit parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas" (Jean 21 : 23). Cette rumeur qui voulait que le Seigneur revînt du vivant de Jean ne relevait pas de la Parole de vérité écrite  ; néanmoins elle s'était répandue dans l'église à l'époque de Jean.

     Une autre tentative désespérée pour justifier la tradition est l'argument selon lequel l'Eglise primitive n'avait pas le Nouveau Testament. Cependant, l'apôtre Pierre parle des écrits de l'apôtre Paul : "Notre bien-aimé frère Paul vous l'a aussi écrit selon la sagesse qui lui a été donnée. C'est ce qu'il fait dans toutes les lettres où il parle de ces sujets, et où se trouvent des passages difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme elles le font du reste des Ecritures, pour leur propre perdition" (2 Pierre 3 : 15-16). Pierre déclare aussi qu'il écrivait pour que les croyants puissent se rappeler ses paroles. C'est pourquoi il dit : "Voilà pourquoi je vais toujours vous rappeler ces choses, bien que vous les sachiez et que vous soyez affermis dans la vérité présente" (2 Pierre 1 : 12).

     Dès l'aube de l'église, une bonne partie du Nouveau Testament était disponible. Sous l'inspiration du Seigneur, l'apôtre Paul commande que ses lettres soient lues dans d'autres églises que celles auxquelles il les avait adressées. On voit bien par là que la Parole écrite du Seigneur circulait même du vivant des apôtres. Les croyants ont toujours eu la possibilité d'obéir au commandement donné par le Seigneur de croire ce qui est écrit ; et ils ont obéi. Dans ce domaine, il faut être assez humble pour "ne pas aller au-delà de ce qui est écrit". Comme l'a dit l'apôtre : "Frères, j'ai usé de ces images à propos d'Apollos et de moi, à cause de vous. Vous apprendrez ainsi en nos personnes à ne pas aller au-delà de ce qui est écritet nul de vous ne s'enorgueillira en prenant parti pour l'un contre l'autre" (1 Corinthiens 4 : 6).

     Ce raisonnement selon lequel l'absence de Nouveau Testament dans l'Eglise primitive rend nécessaire la tradition est absurde (8). Il fait bon marché de deux faits très simples par lesquels Dieu a pourvu aux besoins de cette Eglise. Quand le canon du Nouveau Testament n'était pas encore formé, les apôtres eux-mêmes étaient encore présents dans l'Eglise. Ils étaient les ambassadeurs que Christ avait personnellement envoyés, revêtus de Son autorité. Même au cours de cette période de transition, les apôtres n'avaient aucun mal à prêcher l'Evangile à partir de l'Ancien Testament, ni à utiliser ce dernier comme guide en matière de foi et de morale (Actes 17 : 3, 18 : 28, 28 : 23, Galates 3 : 8, Romains 9 : 17). Les écrits du Nouveau Testament ont été reçus et intégrés dans le canon des Saintes Ecritures quand l'œuvre du dernier apôtre survivant a pris fin. La révélation écrite était close, car la dernière parole prophétique sur le salut avait été donnée dans le Seigneur Jésus-Christ, de la part du Seigneur Jésus-Christ.

La règle qui découle de l'amour du croyant pour Dieu

     Le croyant ne peut pas dire qu'il aime le Seigneur Jésus-Christ à moins qu'il n'accorde une confiance totale aux paroles de Christ. Une fois de plus, ce fait souligne l'importance de l'Ecriture. "Jésus lui répondit : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; nous viendrons vers lui et nous ferons notre demeure chez lui. Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous entendez n'est pas de moi, mais de mon Père qui m'a envoyé" (Jean 14 : 23-24).

Jésus dit aussi : "Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point" (Matthieu 24 : 35). Alors qu'Il vivait Sa vie en ce monde à la gloire de Son Père, le Seigneur Jésus était en mesure de dire : "Celui qui m'a envoyé est avec moi : il ne m'a pas laissé seul, parce que moi, je fais toujours ce qui lui est agréable" (Jean 8 : 29). Le but suprême du Christ Jésus était de plaire à Son Père, et pour cela Il se soumettait à l'autorité des Ecritures qui Le guidaient. Il a confirmé ainsi le message central de l'Ancien Testament : "La loi de l'Eternel est parfaite, elle restaure l'âme ; le témoignage de l'Eternel est véridique, il rend sage le simple" (Psaume 19 : 8).

     Le croyant doit rester fidèle envers le Seigneur en ne s'attachant qu'à ce qui est écrit : "Ta parole est la vérité" (Jean 17 : 17). Tout vrai disciple doit donc reconnaître qu'il existe un critère absolu permettant de savoir si une chose est vraie ou fausse, si elle plaît ou déplaît à Dieu. Autrefois, on appelait ce critère : "La règle de la foi", ou bien "le fondement de la vérité" ; cela signifiait "la mesure permettant de connaître la vérité". L'Ancien et le Nouveau Testament démontrent l'un et l'autre que c'est la Parole écrite elle-même qui est le fondement de la vérité. Personne ne peut dire qu'il a pour maître le Seigneur Jésus-Christ, si en même temps il refuse le règne de la Parole du Père en Lui et par Lui. "Pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur ! et ne faites-vous pas ce que je dis ?" (Luc 6 : 46) Il n'existe pas de terrain intermédiaire sur lequel les vains faux-semblants d'une piété anti-biblique pourraient venir se réfugier. Le choix est clair et net : si vous aimez Dieu, vous n'aimez que Sa Parole, et non Sa Parole additionnée de paroles humaines. Si vous dites que vous aimez Dieu, vous ne pouvez pas en même temps mépriser Sa Parole, car c'est la Parole elle-même qui décrit les marques de l'affection spirituelle authentique : "Voici sur qui je porterai mes regards : sur le malheureux qui a l'esprit abattu, qui tremble à ma parole" (Esaïe 66 : 2).

La foi, la Parole écrite de Dieu et le salut

    Il y a un lien indissoluble entre la certitude que donnent les Ecritures, et la foi qui sauve. La foi est un don de Dieu, et elle est accordée au travers de la Parole de Dieu : "La foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ" (Romains 10 : 17). Il faut que la foi repose sur un fondement. Cette base-là ne peut être que la Parole de Celui qui ne peut mentir. Il faut que le cœur reçoive Ses paroles et agisse en conséquence. Le Saint-Esprit rend cette Parole efficace, quand Il parle à l'âme par elle. La Bible enseigne que c'est par la foi que le croyant est justifié devant Dieu : "L'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi" (Romains 3 : 28). Par quel processus, par quelle puissance l'homme est-il justifié ? L'Ecriture pose la même question : "Par quelle loi ? Par la loi des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi" (Romains 3 : 27). Les croyants ne sont pas livrés à la perplexité : c'est la loi de la foi qui est en même temps l'œuvre de la grâce ; elle exclut toute vantardise, et elle apporte une conviction puissante, absolue. La foi est le canal de cette grâce qui nous conduit à la dépendance, au renoncement à nous-mêmes ; elle ne laisse pas la moindre place au doute devant la certitude absolue émanant de la Parole de Dieu. Par la foi, c'est à dire en comptant sur la véracité de Dieu, on entre dans l'authenticité de la vie en Christ Jésus, avec une allégresse indicible et glorieuse  : "lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant d'une joie ineffable et glorieuse" (1 Pierre 1 : 8).

     Constamment nous agissons en comptant sur la véracité de la parole d'autrui : nous croyons par exemple que telle parole de tel membre de notre famille est vraie, ou qu'une déposition sous serment devant une cour de justice est vraie. Or l'apôtre Jean raisonne ainsi : "Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand ; car voici le témoignage de Dieu : c'est qu'il rend témoignage à son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui-même ; celui qui ne croit pas Dieu le fait menteur, puisqu'il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu à son Fils. Et voici ce témoignage : Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a pas le Fils n'a pas la vie" (1 Jean 5 : 9-12). La foi est donc un lien unissant l'âme à Dieu. Si nous croyons en Christ, Il devient nôtre. C'est cette foi-là qui nous donne d'être approuvés par Dieu.

     Les insensés sont ceux qui sont "sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes" (Luc 24 : 25). Les insensés doutent de la Parole écrite de Dieu, ou alors ils mettent quelque chose d'autre sur un pied d'égalité avec la Parole écrite, annulant ainsi l'autorité et la puissance qu'elle pourrait avoir pour eux. L'une et l'autre de ces erreurs font passer à côté de la vie éternelle en Christ. La chose la plus grave, c'est une Eglise qui exige que le peuple aime ses traditions autant qu'il aime la Parole écrite, en affirmant qu'en fait les deux ne font qu'un. Une Eglise qui enseigne cela détruit le fondement même sur lequel la foi repose (9).

     Pour notre part, nous nous réjouissons, car nous voyons que la Parole écrite de Dieu est suffisante, vraie, et inébranlable. "Les écrits sacrés, dit l'apôtre Paul, peuvent te donner la sagesse en vue du salut par la foi en Jésus-Christ" (2 Timothée 3 : 15). Aucun livre n'a la puissance de la Bible, Parole de Dieu. Aucun autre livre ne peut changer les cœurs, les consciences, et les pensées de l'être humain. "Car la Parole de Dieu est vivante et efficace, plus acérée qu'aucune épée à double tranchant ; elle pénètre jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit, des jointures et des moelles ; elle est juge des sentiments et des pensées du cœur" (Hébreux 4 : 12). La question cruciale est de savoir si vous faites confiance à sa véracité absolue, et si vous faites confiance au Seigneur de gloire dont elle parle. Si c'est le cas, alors nous pouvons dire ensemble avec joie : "Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures ; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures" (1 Corinthiens 15 : 3-4). "Car je sais en qui j'ai cru, et je suis persuadé qu'il a la puissance de garder mon dépôt jusqu'à ce jour-là" (2 Timothée 1 : 12).

Voir la suite dans l'article de Richard Bennett intitulé : "La source de l'autorité dans l'Eglise catholique".

Notes :

 1. J'ai conservé un exemplaire imprimé des notes de cours de Wilfred Harrington pendant les années qui ont suivi mon ordination ; c'est seulement quand ses trois livres ont paru sous le titre "Key to the Bible" (Clef pour la Bible) que j'ai eu la liberté de me défaire de ces notes.

 2. Constitution dogmatique DEI VERBUM, § 11, http : //www.vatican.va/

 3. Centurion/Cerf/Fleurus-Mame/Librairie Editrice Vaticane, Paris 1998

 4. Code de Droit canonique, section 1188 http : //www.portstnicolas.net/

5. A la différence des Pharisiens, qui se prenaient, à tort, pour de fidèles disciples de Moïse, les Sadducéens étaient un parti extrémiste de libéraux religieux qui avaient assimilé la pensée des philosophes grecs. Ils fondaient leurs croyances sur ce qui leur semblait raisonnable, et non sur les révélations données par Dieu dans Sa Parole.

 6. "Toute écriture est inspirée de Dieu" (2 Timothée 3 : 16) : Le mot grec traduit par "inspirée" est "theopneustos", qui veut littéralement dire "exhalée". L'Ecriture est exhalée par Dieu en tant que Sa Parole.

 7. 2 Timothée 3 : 17-18, Psaumes 12 : 6, 18 : 30, 119 : 128, et 140. Romains 7 : 12.

 8. William Webster a traité le sujet : "Sola Scriptura et l'Eglise primitive."

On peut consulter cet article en anglais à l'adresse :
http : //www.bereanbeacon.org/articles/sola_scriptura_early_church.htm