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A181 Vrai réveil, ou apostasie ? (1/2)

Article d'Alan Morrison - Première partie

Source http://www.diakrisis.org/true_revival.htm 
Article traduit par Henri Viaud-Murat, publié autrefois sur le site Internet paroledevie.org (site fermé depuis Août 2007).

Dans cet article, transcription d'une conférence donnée en 1994, l'auteur analyse le "réveil" de Toronto, et le compare aux véritables réveils qui ont eu lieu dans le passé. Même si le "réveil" de Toronto semble aujourd'hui dépassé, l'esprit qui l'a animé n'a pas disparu, et se manifeste toujours sous des formes sans cesse nouvelles. S'il est possible de ne pas toujours partager complètement toutes les analyses de l'auteur, nous reconnaissons toutefois la rigueur biblique de son raisonnement, et l'équilibre global de sa pensée. Même si cet article date du début du réveil de Toronto, il est toujours d'actualité, car il posait les vrais problèmes et envisageait déjà les conséquences de ce mouvement, telles que nous pouvons les voir aujourd'hui. Nous avons fait suivre cet article d'un commentaire personnel.

Introduction.

Mon objectif essentiel aujourd'hui est d'exprimer mon inquiétude concernant l'honneur du nom du Seigneur et la croissance de Son peuple. Des événements extraordinaires sont en train de secouer l'Eglise. Le flambeau de la vérité, qui jetait autrefois une vive lumière, a été traîné dans la boue. Des organisations et des groupes qui brandissaient autrefois ce flambeau avec zèle l'ont mis de côté, pour se saisir d'une "nouvelle" découverte spirituelle. Les uns après les autres, des mots autrefois chargés de sens ont été neutralisés. Nous savons tous de quelle manière certains mots ont vu leur sens complètement modifié, comme "Chrétien", ou "Catholique". Cela fait longtemps qu'ils n'ont plus leur sens originel. Mais aujourd'hui, même le mot "évangélique" ne signifie plus ce qu'il voulait dire originellement.

Par exemple, le Dictionnaire Chambers donne cette définition du mot "évangélique" : "Ecole qui insiste particulièrement sur la totale dépravation de la nature humaine non régénérée, sur la justification du pécheur par la foi seule, sur l'offre gratuite de l'Evangile pour tous, et sur la pleine inspiration et l'autorité exclusive de la Bible". Même un dictionnaire "officiel" comme le Dictionnaire Chambers reconnaît ces vérités ! Pourtant, aujourd'hui, je lis dans les journaux que les "évangéliques" se roulent à terre en riant de manière hystérique, au beau milieu d'un culte d'adoration du Dieu Tout-Puissant. Quelle que soit la vraie nature de ce phénomène, il ne s'agit certainement pas d'une manifestation "évangélique" ! Etre "évangélique", d'après la signification du mot grec correspondant, signifie "avoir une bonne nouvelle à proclamer". Aujourd'hui, beaucoup d'évangéliques n'ont même plus de message à proclamer ! Ils n'ont qu'une expérience, qui n'est même plus une expérience chrétienne !

En 1994, les journaux ont écrit qu'un réveil chrétien était en train de se produire en Grande-Bretagne. On raconte que ce réveil a éclaté dans une insignifiante église de Toronto, au Canada, et s'est répandu en Grande-Bretagne, au milieu des églises établies. "La fièvre du Saint-Esprit atteint Londres !" Ainsi titrait en première page le magazine paroissial de l'Eglise de la Sainte Trinité de Brompton, dans le Knightsbridge. Le 18 juin 1994, le Times lui-même publia un reportage intitulé : "Une nouvelle lubie hystérique inquiète l'Eglise". Ce rapport disait : "Il s'agit d'une folie religieuse venant du Canada. Des foules entières tombent et sont saisies d'un rire hystérique. En traversant l'Atlantique, ce mouvement inquiète de plus en plus l'Eglise d'Angleterre". Cet article ajoutait que le vicaire d'une grande église de Londres a été obligé d'annuler un service de communion, parce qu'un "grand nombre de ses paroissiens étaient étendus au sol !" Apparemment, ce service "s'était terminé en véritable chaos. Des dizaines de personnes s'étaient mises spontanément à rire ou à pleurer, à trembler et à tomber à terre". Vous auriez pu penser que seules certaines églises ont succombé à cette vague de prétendu réveil. En fait, il s'est étendu à toutes les églises Vineyard, créées par John Wimber, aux communautés Ichthus, créées par Roger Fosters, au Mouvement Oasis, lancé par le célèbre évangéliste Steve Chalke, et à un grand nombre d'églises de l'Eglise d'Angleterre, les plus célèbres étant l'Eglise de la Sainte Trinité de Brompton, l'Eglise Saint Michael le Belfry à York, l'Eglise Baptiste de Queens Road, et un grand nombre d'autres églises charismatiques et pentecôtistes. J'ai reçu un appel téléphonique de la correspondante pour les affaires religieuses de la BBC à Leeds, qui m'a dit que beaucoup de choses étaient en train de se passer dans les églises de Leeds et de Bradford. Aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de lui parler à nouveau, et elle m'a dit que ce mouvement était bien plus étendu qu'elle ne l'avait d'abord pensé. J'ai personnellement reçu de nombreux rapports d'autres églises dans tout le pays.

Quelle doit être notre attitude ? Il ne s'agit plus ici de différences d'opinions sur le fait de savoir si nous devons lever les bras en l'air ou non quand nous louons le Seigneur, ou si nous devons choisir tel ou tel recueil de cantiques. Les choses que nous considérons en ce moment vont bien au-delà de ces éléments relativement superficiels. Nous devons avant tout, dans cette affaire, exercer le discernement des esprits. Les promoteurs de cette "bénédiction de Toronto", comme ils l'appellent, affirment que ce qui se passe dans leurs églises est tout à fait semblable aux grands réveils qui se sont passés au 17e et au 18e siècles en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Je ne suis pas ici pour déverser de l'eau froide sur les flammes d'un véritable réveil. Loin de moi cette pensée ! S'il y a un désir que je souhaite vivement voir satisfait aujourd'hui, c'est que nous puissions tous comprendre parfaitement en quoi consiste un véritable réveil, afin que nous puissions désirer plus ardemment le voir se produire !

Je vous propose d'étudier très sérieusement cette question avec moi. Nous allons étudier un grand nombre d'exemples. Il y a tant de choses que je désire partager avec vous sur ce sujet. Il a fallu que je condense un grand nombre de choses pour les faire passer dans ce message. Mais je crois qu'il s'agit d'informations vitales. J'espère donc que vous aurez la patience de me suivre.

Il va falloir que je dise beaucoup de choses que certains d'entre vous vont peut-être trouver très négatives. Je pense en particulier aux responsables de l'Eglise. Vous savez, le Seigneur S'est parfois montré très négatif quand Il S'adressait aux conducteurs religieux de Son temps. Car ils auraient dû avoir un meilleur discernement… Mais je vais aussi citer beaucoup de choses positives, en décrivant la nature d'un véritable réveil. C'est un sujet magnifique. Mais il se prête à beaucoup de malentendus et d'interprétations excessives, si nous ne veillons pas à rester solidement fondés sur la vérité de la Parole de Dieu, ou si nous n'avons pas une compréhension d'ensemble de l'histoire de l'Eglise.

Je vous propose d'étudier avec moi trois sujets principaux. En premier lieu, nous examinerons quelles sont les caractéristiques des véritables réveils. Nous étudierons ensuite le problème des manifestations physiques et émotionnelles tout au long de l'histoire des réveils, et de quelle manière ces manifestations étaient considérées et traitées. Enfin, nous examinerons quelles sont les origines et les racines véritables du Mouvement de Toronto.

  1. Les caractéristiques des véritables réveils.

J'ai relevé sept caractéristiques de tous les véritables réveils. J'ai pensé que c'était un bon chiffre. Mais vous pourriez probablement relever vous-mêmes bien d'autres caractéristiques.

  1. Les véritables réveils ont toujours été caractérisés par le succès incontestable de la prédication de l'Evangile.

Lorsque je parle de "réveil", je pense que nous avons tous une certaine idée commune de ce que signifie ce mot. Mais je ne suis pas du tout certain qu'il s'agit du meilleur mot pour décrire la situation que nous sommes en train d'étudier. En effet, tout au long du 20e siècle, on a souvent utilisé ce mot pour décrire toutes sortes de mouvements qui n'étaient pas des vrais réveils. Nous devons donc comprendre que ce mot de "réveil" peut se prêter à toutes sortes d'interprétations, et qu'on peut lui faire dire tout ce que l'on veut.

En 1754, un pasteur écossais, John Gilles, écrivit un ouvrage monumental, récemment réimprimé sous le titre : "Récits historiques concernant les réveils". Mais ce n'était pas le titre d'origine. Le titre originel de cet ouvrage était : "Récits historiques concernant des remarquables périodes de succès de l'Evangile". En fin de compte, c'est cela qui caractérise les vrais réveils : le succès de l'Evangile ! En fait, vous pourriez appliquer ce critère pour juger tous les réveils, pour savoir s'ils sont vrais ou faux. Pouvons-nous affirmer que le Mouvement de Toronto constitue un merveilleux exemple du remarquable succès de l'Evangile ?

Dans le Livre des Actes, si vous étudiez les réveils qui se sont produits au cours des premières années de l'Eglise, vous verrez que deux expressions sont constamment utilisées. La première expression est : "la Parole de Dieu", ou "l'enseignement du Seigneur", ce qui est fondamentalement la même chose. Cette expression caractérise l'annonce de l'Evangile. La seconde expression que l'on retrouve souvent est : "ils crurent". Il y avait, d'un côté, ceux qui répandaient l'Evangile du Seigneur, qui prêchaient l'Evangile, et, d'un autre côté, ceux qui croyaient parce qu'ils avaient accepté l'Evangile. Je vais prendre quelques exemples : "Ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés ; et, en ce jour-là, le nombre des disciples s'augmenta d'environ trois mille âmes" (Actes 2 :41). "Cependant, beaucoup de ceux qui avaient entendu la parole crurent, et le nombre des hommes s'éleva à environ cinq mille" (Actes 4 :4). "La parole de Dieu se répandait de plus en plus, le nombre des disciples augmentait beaucoup à Jérusalem, et une grande foule de sacrificateurs obéissaient à la foi" (Actes 6 :7). "La main du Seigneur était avec eux, et un grand nombre de personnes crurent et se convertirent au Seigneur" (Actes 11 :21). "Alors le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant frappé de la doctrine du Seigneur" (Actes 13 :12). "Les païens se réjouissaient en entendant cela, ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent" (Actes 13 :48). "La parole du Seigneur se répandait dans tout le pays" (Actes 13 :49). "Plusieurs d'entre eux crurent, ainsi que beaucoup de femmes grecques de distinction, et beaucoup d'hommes" (Actes 17 :12). "C'est ainsi que la parole du Seigneur croissait en puissance et en force" (Actes 19 :20).

Il y avait donc deux activités qui se passaient ici : tout d'abord l'Evangile était proclamé par les disciples, puis ceux qui recevaient ce message se convertissaient, parce qu'ils avaient cru. La foi vient de ce que l'on entend ! Il s'agit d'une activité rationnelle, qui concerne l'intelligence. C'est ce même processus qui a constitué le solide fondement de tous les véritables réveils, dès la fondation de l'Eglise de Jésus-Christ sur cette terre.

Toutefois, dans tous les récits que j'ai pu lire de ce prétendu réveil de Toronto, ou dans tout ce que j'ai pu moi-même observer directement, je n'ai jamais entendu une puissante prédication de l'Evangile biblique. Au mieux, on a pu entendre quelques extraits de la Bible, ou quelques versets tirés de leur contexte. Il en a toujours été ainsi dans toutes les réunions auxquelles j'ai pu personnellement assister, et où l'on encourageait les phénomènes dont nous entendons parler aujourd'hui. Vous n'entendez pas prêcher l'Evangile dans toute sa puissance ! Il n'y a aucune présentation des grandes vérités de l'Evangile, contrairement à tous les réveils du passé : la chute de l'homme, la dépravation universelle de la nature humaine, le fait que, à cause de notre nature non régénérée, nous ne méritons que la colère de Dieu, l'incarnation du Fils de Dieu, l'expiation accomplie à la croix, où Christ subit à notre place la colère de Dieu et la punition de nos péchés, Sa résurrection d'entre les morts, et Son ascension dans les lieux célestes. Nous sommes réconciliés avec Dieu par la foi en Christ, de sorte qu'il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Christ. C'est tout cela qui constitue la source de notre joie. Mais l'Evangile, c'est aussi l'annonce des jugements qui viennent, des ténèbres extérieures éternelles pour ceux qui refusent d'obéir à l'Evangile et qui ne connaissent pas Dieu. C'est la vie éternelle pour ceux qui ont humblement accepté la volonté de Dieu, et qui ont accepté Son pardon par Jésus-Christ.

C'est la prédication de ces vérités éternelles de l'Evangile qui a déclenché tous les véritables réveils qui se sont passés tout au long de l'histoire de l'Eglise.

Quand trois mille âmes ont été sauvées le jour de la Pentecôte, quel a été le facteur essentiel de cet événement ? Etait-ce quelque expérience mystique dans laquelle on avait conduit ces gens ? Est-il écrit que cette foule a été saisie d'un rire hystérique semblable à ce que nous voyons aujourd'hui ? Pas du tout ! Quelle a été la réponse de tous ces gens à la parole qui leur a été prêchée ? Le seul signe qu'il a plu à la Parole de Dieu de mettre par écrit fut le suivant : "Après avoir entendu ce discours, ils eurent le cœur vivement touché, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Hommes frères, que ferons-nous ?" (Actes 2 :37). C'est une phrase que tous les évangélistes aimeraient entendre ! Ces gens ont eu le cœur vivement touché, et ils ont demandé à Pierre et aux apôtres ce qu'ils devaient faire. Que leur a répondu Pierre ? Leur a-t-il dit : "Approchez-vous, et je vais vous frapper le front pour que vous receviez la puissance de l'Esprit !" A-t-il dit : "Chantez des chœurs sans arrêt pendant 45 minutes, jusqu'à ce que vous soyez tellement enivrés que je n'aurai plus besoin de vous dire ce que vous devez faire !"

Les gens n'ont pas besoin d'expériences mystiques ! Ils ont besoin de connaître la vérité, la vérité qui les affranchira ! Annoncer l'Evangile, cela exige une formulation verbale, et une réponse intelligente qui fait appel à nos facultés mentales. Quand ces gens ont demandé à Pierre ce qu'ils devaient faire, celui-ci a répondu : "Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit" (Actes 2 :38).

C'est ce genre de message qui réveille l'âme !

Quand nous lisons les récits des véritables réveils du passé, nous constatons qu'ils ont suivi ce même modèle, et qu'ils ont témoigné du succès de l'Evangile. Par exemple, quand nous lisons ce qui s'est passé lors du réveil de Lowestoft, dans le Suffolk, en 1921, nous découvrons le même schéma. Je cite : "La caractéristique essentielle de ce mouvement spirituel était la prédication de l'Evangile". En ce qui concerne Douglas Brown, qui était le principal prédicateur lors de ce réveil, on a écrit : "Il exposait simplement les vérités fondamentales de la foi chrétienne dans l'Ecriture. La croix était le thème central de tous ses messages". "Douglas Brown prêche la vérité d'une manière claire et sans équivoque", a écrit Hugh Ferguson. "La ruine entraînée par la chute, la rédemption par le sang expiatoire, la régénération et le renouvellement par le Saint-Esprit, l'onction du Saint-Esprit pour le service, une vie sanctifiée, dans l'attente du retour du Seigneur Jésus-Christ. Telles sont les doctrines éternelles de la prédication apostolique, celles qui, Dieu merci, produisent des résultats !" Voilà ce qui se passait à Lowestoft.

Ainsi, la première caractéristique des réveils authentiques a toujours été le succès incontestable de la prédication de l'Evangile. C'est la prédication de la Parole qui se répand. Des multitudes recevaient la Parole et croyaient. Au lieu de dire : "S'agit-il bien d'un réveil ?", nous devrions plutôt dire : "Est-ce que ce mouvement représente un succès incontestable de la prédication de l'Evangile ? Est-ce que les gens ont réellement cru ?"

Examinons à présent la seconde caractéristique des véritables réveils.

  1. Les véritables réveils produisent toujours une conscience aiguë du péché.

    Cette conscience aiguë du péché a toujours été le premier signe de tout réveil authentique ! Une conviction profonde de péché. Tous les témoins dignes de foi ont attesté que la toute première réponse à la prédication de l'Evangile et à l'action du Saint-Esprit dans les cœurs, a toujours été la prise de conscience de notre propre péché, devant l'infinie sainteté de Dieu ! Dans un article sur la théologie du réveil, Jim Packer a écrit : "Dans un réveil, on reconnaît que Dieu Se manifeste à Son peuple, dans le sens où Il manifeste Sa sainte présence au milieu des Siens, de sorte que cette réalité devient incontournable et inévitable. En même temps, on réalise clairement la laideur infinie et la pollution de notre péché, ainsi que notre néant et notre culpabilité".

    Lisez simplement ce récit du réveil de Corée de 1907, tel que l'a écrit M. Lee :

    "Les uns après les autres, les gens présents de levaient, confessaient leurs péchés et éclataient en sanglots. Certains se jetaient à terre et frappaient le sol de leurs poings, dans l'agonie d'une profonde conviction de péché. Mon propre cuisinier tenta de faire une confession, mais il éclata en sanglots au milieu de sa confession, et s'écria devant tous : "Pasteur, dites-moi s'il y a encore de l'espoir pour moi ! Puis-je encore être pardonné ?" Puis il se jeta à terre et pleura amèrement ! Il hurlait presque de douleur. Parfois, après une confession, c'est tout l'auditoire, des centaines d'hommes, qui se mettait à prier à haute voix. C'était quelque chose d'indescriptible. Ensuite, après une nouvelle confession, tous éclataient en sanglots d'une manière incontrôlable. Nous pleurions tous. Nous ne pouvions pas nous en empêcher. La réunion se poursuivit ainsi jusqu'à deux heures du matin, au milieu des confessions, des sanglots et des prières. Chacun était face-à-face avec Dieu. J'entends encore le bruit effrayant que faisaient ces centaines d'hommes qui suppliaient Dieu de leur faire grâce et miséricorde. Ce cri se répandit dans toute la ville, jusqu'à ce que tous les païens soient dans la consternation".

    Voilà un réveil authentique ! Des centaines d'hommes qui supplient Dieu de leur faire grâce et miséricorde !

    Voici encore un court récit du réveil qui s'est passé en 1859 à Tregaron, dans le Pays de Galles. Dès la fin du mois de mars de cette année, près de 400 membres nouveaux s'étaient joints à cette église. Deux d'entre eux étaient très connus pour leur vie de péché. Je cite :

    "Un soir que le capitaine Williams priait au cours d'une réunion qui se tenait dans une salle de l'école, l'un des pécheurs les plus réprouvés de cette ville entra dans la salle, pris de boisson. L'atmosphère solennelle de la réunion brisa net son insolence. Il écouta et observa ce qui se passait pendant quelques minutes, puis se mit brusquement à genoux, en s'écriant d'une voix pleine d'amertume : "Oh Dieu ! Fais miséricorde à "Dave le voyou" !" Puis il s'approcha du devant de la salle, et mêla ses supplications à celles du capitaine. Il se mit ensuite à prier pour sa femme : "Tu sais, Seigneur, que Betty est à la maison ! Seigneur, va vers elle ! Si la porte est fermée, ôte-la de ses gonds, et sauve Betty, oh Seigneur !" Peu de temps après, Betty se précipita dans la salle et s'écria aussitôt : "Seigneur, aie pitié de moi, la plus grande pécheresse de Tregaron !" Leur conversion a été durable".

    Voyez-vous la différence entre ces récits de réveils, et ce que nous voyons et entendons aujourd'hui ? "L'atmosphère solennelle de la réunion brisa net son insolence". Y a-t-il une telle atmosphère solennelle dans les églises où se répand le phénomène auquel nous assistons aujourd'hui ?

    Je voudrais encore vous lire un extrait d'une lettre écrite à l'église écossaise de Rotterdam, datée de mai 1754 :

    "Lorsque le réveil a commencé, en ce même jour du Seigneur, l'église était bien plus remplie que d'habitude. J'étais stupéfait, et je regardais cette multitude. Mais il y avait aussi une tranquillité et un calme merveilleux. Au cours de l'après-midi, les cœurs ont fondu, et beaucoup de larmes furent versées. Je croyais que le Seigneur allait certainement agir, mais sans savoir comment, ni de quelle manière. Il commença à agir tout d'abord dans la salle de classe, où environ 25 personnes étaient réunies pour étudier, jeunes et vieux ensemble. Ils manifestaient une grande détresse par leurs attitudes corporelles. Mais ils étaient parfaitement conscients de ce qui se passait. Ils ne faisaient que pleurer, sangloter et prier, en raison de leur état de perdition et de leur péché, et du besoin qu'ils avaient de Christ. Cela dura de huit heures du soir à minuit, dans la maison du pasteur et dans la salle de classe, puis cela se poursuivit tout au long de la semaine. Tous demandaient avec une grande détresse ce qu'ils devaient faire pour être sauvés ! C'était leur cri unanime. Le dimanche suivant, sept personnes commencèrent à être travaillées dans l'église. D'autres personnes furent extrêmement touchées, parmi celles qui, peu auparavant, s'étaient moquées du réveil et l'avaient ridiculisé. Elles se mirent à crier d'une voix forte et à se lamenter à cause de leurs péchés, dans la crainte d'être condamnées !"

    Si divers phénomènes bizarres ont pu se passer au cours de ces réveils, ils étaient causés par cette profonde conviction de péché. J'en reparlerai dans un moment… Il est vrai que cette conviction de péché qui accompagne les vrais réveils a provoqué de nombreuses manifestations physiques. Les partisans de ce "réveil" de Toronto affirment que ce qui se passe aujourd'hui dans leurs églises est comparable à ce qui se passait au cours des grands réveils du passé. Mais les phénomènes que nous observons aujourd'hui sont très différents des phénomènes qui ont pu être observés, au cours des réveils authentiques, par les vrais serviteurs de Dieu qui les conduisaient. En ce qui concerne le réveil de Rotterdam dont je viens de parler, voici un nouvel extrait de ce qui se passait :

    "Quand ils prirent conscience qu'ils se trouvaient en présence d'un Dieu Saint et Juste, et qu'ils étaient en route vers l'éternité et l'Enfer, ils furent saisis d'une grande détresse, à la fois dans leurs pensées et dans leurs corps. Leurs troubles physiques étaient causés par la découverte de leur péché, et par leur conviction qu'ils étaient perdus. Les réactions étaient diverses. Certains prenaient conscience de leur vie de péché, en ayant la certitude que s'ils mouraient dans cet état, ils n'auraient rien d'autre à espérer que l'Enfer et la damnation éternelle ! D'autres se rendaient compte de tous les péchés qu'ils avaient commis dans leur vie, de leurs manières impies, de leur ivrognerie, de leur passion pour le jeu, et d'autres péchés semblables. D'autres réalisaient à quel point ils avaient eu une conduite impie, tant dans leur vie privée que dans leur vie publique. D'autres comprenaient qu'ils s'étaient comportés en ennemis de Dieu, de Ses voies et de Son peuple. Certains confessaient leur rébellion et leur incrédulité devant la Parole de Dieu, d'autres réalisaient leur dissimulation et leur hypocrisie, etc… Chacun prenait non seulement conscience de ses nombreux péchés, mais aussi de sa nature de péché. Le fait qu'ils étaient nés dans le péché suffisait à les convaincre qu'ils ne méritaient que la mort et la condamnation !"

    Ce récit décrit aussi comment certaines de ces personnes se sont évanouies en réalisant la grandeur et la miséricorde de Dieu :

    "Quand il plut au Seigneur de Se révéler à eux, comme un Dieu qui promet de Se réconcilier avec eux par Jésus-Christ, ils s'évanouirent, en réalisant leur propre indignité et la souveraineté du Seigneur, se demandant comment le Seigneur avait eu la bonté de S'intéresser à eux, des créatures misérables, des pécheurs aveugles. Lorsqu'ils revinrent à eux, ils se sentaient toujours écrasés par le sentiment de leur péché et de leur indignité, tout en étant confus de voir qu'il avait plu au Seigneur de jeter Ses regards sur eux, dans l'état où ils se trouvaient. Ils désiraient ardemment être avec Christ et entrer en Christ. Ils craignaient de se séduire eux-mêmes, et criaient continuellement : "Sonde-moi ! Eprouve-moi !" Ils préféraient connaître la vérité sur la réalité de leurs motivations, si elles étaient fausses, plutôt que de se séduire eux-mêmes".

    Mes amis, quand le Saint-Esprit nous ouvre le cœur, et nous révèle notre dépravation et notre impureté devant Dieu, est-il étonnant que nous ne puissions rester debout devant Lui ? Même certains Chrétiens ou croyants fidèles se sont retrouvés dans cette situation, comme Ezéchiel, les apôtres Pierre et Jean, et bien d'autres. Ils sont tombé comme morts, saisis d'un sentiment d'horreur. Lorsqu'il fut confronté à la réalité de la puissance divine de Christ, Pierre s'écria, dans l'agonie de son âme : "Retire-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur !"

    Nous lisons de même, dans ce récit du réveil de Camberslane en Ecosse : "Conscients de la présence solennelle de Dieu, profondément convaincus de la culpabilité de leur péché, et amèrement persuadés de leur propre impuissance, hommes et femmes tremblaient et pleuraient. Certains s'écroulèrent comme morts". McFarlane a dit fort justement : "Il est parfaitement naturel que l'on se mettre à pleurer, et même que l'on soit plongé dans une vive agitation corporelle, quand on vient de comprendre que l'on se trouve dans une situation qui semble complètement désespérée".

    C'est cette expérience qui constitue véritablement le fait d'être "terrassé dans l'esprit" ("slain in the spirit", en anglais). C'est complètement différent de ce que l'on appelle "être dans le repos de l'esprit". Cela n'a rien à voir avec tous ces gens qui tombent mécaniquement, empilés les uns sur les autres, à chaque réunion, ou dès qu'ils sont soumis à une musique hypnotique, ou quand on leur demande "de ne pas résister et de se laisser aller". Je voudrais vous lire ce compte-rendu d'une réunion dans l'église Vineyard du Sud-Ouest de Londres :

    "Lorsque notre réunion démarra, et que notre orchestre commença à jouer, la première personne qui commença à agiter sa main en l'air fut la femme du pasteur. Immédiatement, un certain nombre de gens se mirent à danser dans les allées. Je vis le jeune homme qui se trouvait devant moi commencer à vibrer de tout son corps. Il était manifestement en train d'être saisi par une sorte d'ivresse spirituelle, et il finit par se mettre à trembler et à sauter sur place. Presque tous les participants étaient saisis d'une manière ou d'une autre : les uns tombaient à terre, les autres se tenaient tout raides. D'autres tremblaient, sanglotaient, grimaçaient, ou secouaient leurs bras devant eux. Je me retournai, pour voir, à l'arrière de la salle, au-delà des chaises vides et des corps éparpillés à terre, d'autres personnes qui bavardaient tranquillement en buvant un café, comme si rien ne se passait, alors que des gens étaient étendus à leurs pieds, arborant des sourires béats ou des expressions de parfaite paix céleste".

    Mes amis, je vous le demande : ces phénomènes résultaient-ils d'une puissante prédication de l'Evangile apportée par le pasteur ? Les cœurs avaient-ils été vivement touchés par cette prédication ? Pas du tout ! Cette situation avait été entièrement provoquée par une combinaison de musique particulièrement enivrante, par le recours à une forme de suggestion mentale, et par l'ouverture passive des intelligences à une expérience extatique. On nous affirme pourtant, je cite, que "cette vague de phénomènes vécus dans cette église est en train de prendre les caractéristiques d'un réveil semblable à ceux que nous avons connus au 18e siècle". Ceux qui affirment cela ne font que prouver leur totale ignorance de l'histoire des réveils authentiques. Voici ce qu'écrivait George Whitfield, peu après avoir prêché à Camberslane :

    "Lundi matin, j'ai prêché à une foule aussi grande qu'auparavant. Mais il se produisit une profonde agitation que je n'avais jamais vue auparavant. Ce fut un mouvement qui se propagea comme l'éclair d'un bout à l'autre de l'auditoire. Vous pouviez voir des milliers de personnes dont le visage était baigné de larmes. Certains se frappaient aussi les mains. D'autres tombaient presque en défaillance, alors que d'autres encore pleuraient et se lamentaient en invoquant Celui qui avait été percé pour les sauver !"

    Ils "se lamentaient en invoquant Celui qui avait été percé pour les sauver !" S'ils pleuraient et se lamentaient ainsi, c'est parce qu'ils comprenaient que c'étaient leurs péchés qui avaient conduit Jésus-Christ à éprouver ces atroces souffrances sur la croix. Aujourd'hui, des foules de Chrétiens évangéliques "engagés" ne croient même plus à l'idée biblique de l'Enfer ni au jugement éternel. Pourquoi trembleraient-ils en pensant à ces choses, puisqu'ils n'y croient même plus ? Dans les réveils authentiques du passé, les gens manifestaient divers phénomènes physiques parce qu'ils étaient accablés par la conscience de leurs péchés. Certains sont même passés par d'affreuses agonies physiques. Cela n'avait pas de quoi surprendre, quand vous comprenez que pécher ne consiste pas seulement à avoir fait quelques mauvaises actions, mais que la nature humaine est complètement plongée dans le péché, dès l'instant de sa conception. Le psalmiste a pu dire : "Ma mère m'a conçu dans le péché !" L'évangéliste Asahel Nettleton a ainsi témoigné qu'une femme est presque morte des souffrances physiques que lui procurait sa conviction de péché. Cela se passait au 19e siècle. Voici ce que raconte un témoin oculaire :

    "Quand Nettleton arriva, une femme se mit à éprouver une agonie telle qu'elle ne pouvait rester dans aucune position. Elle s'asseyait et s'agenouillait sans cesse, tout en s'exclamant d'une manière pitoyable : "Jeunes gens, je vous préviens, ne faites pas ce que j'ai fait !" Les témoins avaient le sentiment que cette femme ne pourrait plus longtemps supporter les tourments qu'elle éprouvait. On appela un docteur, mais il ne put que l'observer, en admettant son impuissance. Reconnaissant qu'il était incapable de traiter ce genre de maladie, le médecin regarda Asahel et lui demanda s'il pensait qu'elle allait bientôt mourir. Trois jours plus tard, le cauchemar de cette femme cessa. Elle reçut une complète assurance de son salut en Christ, et se réjouit en son Sauveur".

    Cet auteur dit aussi que ces expériences qui précédaient la conversion étaient considérées par Nettleton et ses collaborateurs comme "l'action de la loi", ou "la conviction de péché donné par le Saint-Esprit". Ces expériences pouvaient considérablement varier en nature et en intensité. Mais presque tous ceux qui ont reçu le salut au cours du Second Grand Réveil ont plus ou moins connu ces blessures et souffrances de l'âme, avant d'être guéris par le baume de l'Evangile. Paul dit dans Romains 7 que "les commandements de la loi l'ont conduit à la mort". Les convertis du jour de la Pentecôte, comme le geôlier de Philippes, ont aussi connu cette expérience. Ils ont été "mis à mort par la loi" C'est cela la véritable "mise à mort" ! Au cours des réveils authentiques, les gens tombaient en écoutant la prédication, parce qu'ils étaient "mis à mort par la loi" ! C'est la première œuvre du Saint-Esprit dans un cœur ! Il est venu convaincre le monde de péché. La loi de Dieu déclare que tout homme et toute femme sont coupables de transgression, et qu'ils ne méritent que la mort éternelle.

    Il y a une très grande différence entre ce que l'on appelle aujourd'hui le "repos de l'esprit", tel qu'on l'a vu se répandre depuis un siècle dans un grand nombre d'églises, et le phénomène que l'on a appelé "la mise à mort par la loi", résultant d'une profonde conviction de péché. La principale raison pour laquelle des gens s'évanouissaient, dans les vrais réveils du passé, était due au fait que les gens réalisaient avec horreur qu'à moins d'être sauvés, ils seraient éternellement séparés de Dieu. Ils prenaient soudain conscience de cette mort éternelle, et c'est cela qui les faisait s'évanouir.

    Je vais vous lire le compte-rendu très imagé d'un sermon prêché par John Flavel dans son église de Dartmouth, dans le Devon. Je ne sais pas si vous connaissez les œuvres de John Flavel. Elles ont été publiées en six volumes. Elles viennent de faire l'objet d'une réédition. Ce sont des ouvrages réellement réconfortants, et je recommande chaudement leur lecture, spécialement aux pasteurs. Dans l'introduction de l'un de ces sermons, Flavel s'adresse en ces termes à ses paroissiens :

    "Je me réjouis que certains parmi vous aient été persuadés d'aimer Christ et de l'accepter comme Sauveur. Mais, hélas ! j'ai suffisamment de raisons de craindre que certains parmi vous n'ont jamais pleinement accepté les arguments que j'ai employés pour leur représenter Christ. Ni leur intellect ni leurs sentiments n'ont été touchés. Après tout ce que je vous ai dit de Lui, vous persistez à ne pas vouloir L'aimer. Hélas, il me faut donc changer de ton. Il me faut vous donner un message que j'ai horreur de donner. Mais mon Seigneur et mon Maître exige que je vous donne tout le conseil de Dieu. Il s'agit du terrible message de 1 Corinthiens 16 :22 : "Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur, qu'il soit anathème !" Cela signifie : "Qu'il soit maudit par Dieu !" Il ne lui reste plus qu'à attendre le jugement de Dieu".

    Le compte-rendu ajoute : "En entendant ces paroles, toute l'assemblée fut visiblement frappée d'une profonde consternation. Il y avait un homme distingué, riche et connu, qui tomba de son banc comme mort, en proie à une intense détresse de son âme". Plus tard, il reprit ses esprits et fut sauvé. C'est cela que j'appelle être réellement "terrassé par l'Esprit". Le Saint-Esprit commence par vous "terrasser" par la loi de Dieu, devant laquelle toute bouche est fermée, et le monde entier se retrouve coupable devant Dieu. Mais il faut souligner que ces phénomènes physiques et corporels n'étaient absolument pas généralisés. Tandis que si vous allez visiter une église qui a accepté la "bénédiction de Toronto", presque tout le monde manifeste des phénomènes physiques. Presque tous les gens sont à terre. Ce n'est nullement parce qu'ils éprouvent l'agonie d'une conviction de péché. Mais ils sont sous l'emprise d'une sorte de transe, de tremblement incontrôlable. Ils semblent croire que dans les réveils du passé tout le monde tombait, comme dans leur faux "réveil". En réalité, au cours des réveils authentiques, il n'y avait que relativement peu de personnes qui tombaient. Ecoutez ce récit fait par un pasteur hollandais nommé Kuipers. Ce récit date du 16 novembre 1749. Il décrit une puissante visitation du Seigneur, qui s'est produite alors qu'il prêchait sur le verset 16 du Psaume 72. Voici ce qu'il raconte :

    "La plupart des auditeurs fondirent alors en larmes. Ces larmes s'écoulaient abondamment de leurs yeux. Vers la fin de la réunion, on pouvait entendre des pleurs et des lamentations dans toute la salle. Quand cette bénédiction a commencé à se produire, plusieurs personnes tombèrent à terre en tremblant. Elles étaient tellement troublées qu'elles tombèrent à terre, en raison de l'agonie de leur esprit. Elles prenaient profondément conscience des besoins de leur âme, ce qui provoquait en elles de puissantes impressions. J'invitai certaines de ces âmes troublées chez moi, pour les écouter et converser avec elles. Je découvris rapidement que le Seigneur leur avait donné une révélation de leur complète perdition".

    Mes amis, si ces gens sont tombés, c'est qu'ils avaient compris qu'ils étaient de grands pécheurs, de la plus vile espèce. Ils ne sont pas tombés parce qu'ils éprouvaient une sorte d'extase, ni parce qu'on les avait suggestionnés, en les entraînant à lancer leurs bras en l'air, en abandonnant tout contrôle d'eux-mêmes. Ceux qui tombaient, au cours de ces vrais réveils, le faisaient à cause de l'agonie de leur âme, lorsqu'ils se voyaient comme Dieu les voyait. Kuipers ajoute aussi quelque chose de très intéressant :

    "On venait me chercher de partout, et ma propre maison était continuellement remplie de gens qui venaient anxieusement me demander conseil, pour sortir de leur misérable situation". Pour ne pas trop étendre son récit, Kuipers poursuit : "Il suffit de vous dire que le nombre de ceux qui désiraient recevoir le salut grandissait chaque jour. Il y avait des gens de tout âge, même des enfants, beaucoup de jeunes, et un grand nombre d'hommes et de femmes à la fleur de l'âge, ainsi que des personnes fort âgées. Nous suivions cette œuvre spirituelle avec beaucoup de tendresse, tout en prodiguant nos conseils et nos avis pour maintenir ce mouvement dans des limites convenables. Certaines personnes éprouvaient toutefois de grands troubles corporels, que je mettais sur le compte de la grande détresse de leur âme. Certains eurent même des attaques, d'autres s'évanouirent ou eurent de fortes convulsions".

    Mais il ajoute quelque chose de très important :

    "Toutefois, ceux qui conservaient leur maîtrise de soi étaient de loin les plus nombreux. Près de neuf personnes sur dix, parmi toutes celles qui étaient travaillées par le Seigneur, n'ont pas manifesté ces troubles. Si certains me semblaient aller trop loin dans ce domaine, je m'efforçais avec douceur de les calmer. Dès que le cœur de ces personnes commença à s'ouvrir à l'action de l'Evangile, elles cessèrent d'elles-mêmes de s'agiter".

    N'est-ce pas très différent de ce que nous voyons et entendons aujourd'hui ? Neuf personnes sur dix ne manifestaient aucun comportement physique anormal, malgré l'agonie de leur âme.

    Quand nous aurons fini d'étudier les caractéristiques des vrais réveils, nous examinerons quelle était l'attitude des conducteurs vis-à-vis des manifestations physiques. Ces conducteurs se préoccupaient beaucoup de la manière dont le réveil progressait. J'ajouterai simplement quelques remarques concernant ces phénomènes. Quand nous comparons ces vrais réveils à ces cirques que l'on appelle "réveils" aujourd'hui, nous observons qu'ils constituent deux mondes complètement opposés, en ce sens que les causes et les effets sont aujourd'hui inversés, d'une manière inexcusable. Dans les authentiques réveils, quand les gens tombaient, il ne s'agissait que d'une conséquence de l'agonie de leur âme, parce qu'ils se tenaient devant un Dieu Juste et Saint et comprenaient qu'ils étaient pécheurs. La cause était le fait d'être confronté à l'Esprit de Dieu. La conséquence était la chute ou un phénomène physique. La chute n'était que la conséquence de l'agonie de l'âme.

    Dans les "réveils" modernes, le processus est inversé. La chute devient une expérience causale, dans laquelle on pousse les gens. Cette chute engendre ensuite d'autres effets. En d'autres termes, ce qui était autrefois un simple effet devient aujourd'hui une cause. Au lieu d'avoir un processus de conversion véritable, qui pouvait provoquer une chute, la chute devient elle-même un processus en soi. C'est le fait de tomber qui fait de vous un converti !

    Comprenez-vous ce que j'essaye de vous dire, mes amis ? Il s'agit d'une inversion complète de la réalité ! Cela commence par quelque chose de subtil, mais c'est ce qui se passe en réalité. Vous le comprenez clairement quand vous étudiez ce qui se passe. Il se peut que vous tombiez, si vous passez par un processus de conversion. Mais, aujourd'hui, dans ces réveils "nouvelle vague", on fait les choses à l'envers. C'est le fait de tomber qui fait de vous un converti ! Quand de telles choses se passent, on quitte le domaine du christianisme pour pratiquer un rite païen. On peut même dire qu'il s'agit d'une véritable initiation occulte.

    Si vous désirez tomber dans une transe, pour être baigné dans l'Esprit, pouvez-vous me dire de quel esprit il s'agit ? Je répondrai plus loin à cette question !

    Pour résumer, je dirai donc que la seconde caractéristique d'un véritable réveil est une profonde conviction de péché. Cette conviction est si forte, dans certains cas, qu'elle peut vous terrasser, face contre terre. Vous êtes terrassé par la loi !

  2. La troisième caractéristique des véritables réveils est qu'ils glorifient toujours Jésus-Christ.

    Jésus a dit qu'Il nous enverrait un autre Consolateur pour intercéder pour nous et nous aider, le Paraclet, le Saint-Esprit. Il dit aussi que l'une des principales tâches de cet autre Consolateur serait de rendre témoignage au Seigneur Jésus. Voici les paroles de Jésus : "Quand sera venu le consolateur, que je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il rendra témoignage de moi" (Jean 15 :26).

    Ce ne serait pas du tout manquer de respect au Saint-Esprit que de dire qu'Il est la Personne de la Trinité qui S'efface le plus. Il ne cherche pas à attirer l'attention sur Lui. Son objectif, dans le plan de la rédemption, est de glorifier le Nom de Jésus. Il veut aussi conduire le pécheur à Christ, en révélant la Parole de Dieu à son cœur. Le nom de Jésus-Christ a toujours été glorifié dans les véritables réveils. Le Saint-Esprit veut révéler tout ce que Jésus a accompli à la croix, ainsi que l'œuvre de salut qu'Il a parfaitement achevée. Tout cela a toujours été une grande source de joie et d'étonnement. Mais, dans ces nouveaux réveils comme celui de Toronto, tout ce que nous entendons est : l'esprit, l'esprit, l'esprit ! Comme si le Saint-Esprit était hélas devenu une sorte de gaz hilarant, un nuage invisible qui vient envelopper toutes les assemblées qui se mettent sur la bonne fréquence !

    Nous devons veiller à ce que le Seigneur Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié, soit au centre de tous nos efforts d'évangélisation. Si nous voulons assurer le succès de l'Evangile, nous devons glorifier Jésus-Christ. Ainsi, les véritables réveils glorifient toujours Jésus-Christ, le nom qui est au-dessus de tout nom.

  3. La quatrième caractéristique des véritables réveils est qu'ils produisent des Chrétiens réfléchis et sérieux.

    Une chose très importante doit être ici soulignée : aucun des réveils authentiques du passé n'a été accompagné de ces rires hystériques dont on parle tant aujourd'hui. Ces rires sont tellement caractéristiques du "réveil" de Toronto qu'on les a appelés "les rires saints". Voici un extrait du témoignage d'un homme qui commençait à se poser des questions, devant la tournure des événements, au cours d'une récente convention qui s'est tenue à Londres :

    "A chaque réunion, les gens se mettaient à rire dans l'esprit. Il ne s'agissait pas d'un petit rire discret, mais d'énormes éclats de rire, au point que certains tapaient des pieds, frappaient les murs, et même hurlaient de rire. J'ai interrogé certaines de ces personnes au sujet de leur expérience, après la réunion. Toutes, à l'exception d'une seule, m'ont affirmé qu'il leur était impossible de s'arrêter. Très peu ont ressenti des sentiments d'amour et de paix. Mais elles se sont senties épuisées".

    Et c'est contagieux, mes amis ! C'est pour cela que je préfère appeler ce mouvement "la maladie de Toronto", plutôt que la "bénédiction de Toronto". Elle est très contagieuse ! Même des païens et des enfants peuvent être contaminés ! La femme du pasteur d'une église Vineyard du Sud-Ouest de Londres, dans le numéro de juin dernier du magazine "Renewal" (Renouveau), écrivait ceci : "C'est contagieux !" Elle ajoute :

    "L'autre jour, je me suis rendue dans une école chrétienne à Clapham, et j'ai parlé du Seigneur aux enfants. Puis j'ai prié pour eux. Le Seigneur est tombé sur ces petits de cinq ans, qui se sont mis à rire, à pleurer, et à crier au Seigneur. Les enseignants aussi ont été touchés, et les parents présents se roulaient à terre. J'ai pensé : "Mon Dieu, c'est glorieux ce que nous faisons !" C'était fantastique !"

    Quant à moi, je pense surtout à ces pauvres petits de cinq ans ! Ce sont probablement des enfants qui vont dans une église avec leurs parents. Ils doivent penser que toutes ces choses sont normales, et ils exécutent leur rôle pour les adultes. Quelle chance ont-ils de s'en sortir ?

    Ruth Gledhill, correspondante du London Times pour les affaires religieuses, et sans doute incroyante, a assisté le 2 juillet 1994 à une réunion de l'église Vineyard du Sud-Ouest de Londres. Voici ce qu'elle a écrit : "J'ai escaladé quelques corps prostrés sur le sol, pour aller boire un café ou un thé, et je me suis rendu compte que je me mettais à rire d'une manière incontrôlable. J'avais le vertige, et j'ai dû m'accrocher à une chaise pour ne pas tomber". Heureusement pour elle, elle parvint à se contrôler. Mais pour quelle raison s'est-elle mise à rire d'une manière incontrôlable ? Etait-elle convaincue de péché ? Venait-elle soudain de découvrir la joie dans le Seigneur ? De quelle manière l'Esprit l'avait-il touchée ? Plus exactement, quel esprit (avec un "e" minuscule), venait-il de la toucher ?

    Dans un récent article du Sunday Telegraph, intitulé "Toute une assemblée se roule dans les allées !", un journaliste raconte qu'il est allé assister à une réunion à l'Eglise de la Sainte Trinité de Brompton. Il raconte qu'il a vu, juste devant lui, une jeune fille qui arborait un sourire grimaçant, et dont les deux mains tremblaient convulsivement. Il ajouta : "Un vicaire s'approcha de Claire pour prier pour elle". (Claire était la jeune femme qui l'accompagnait). Apparemment, le vicaire la toucha, et elle se mit à rire. On peut se demander pour quelle raison elle s'est mise à rire !

    Ce journaliste raconta ensuite qu'il se tenait debout au milieu de tout ce charivari, et qu'il s'est dit : "J'avais l'impression d'être l'un des personnages de ces films de science-fiction, au milieu d'une ville qui venait d'être occupée par des extra-terrestres, et que j'étais le seul à être en train de m'évader ! Mais combien de temps pourrais-je encore tenir ?"

    Il se posait la bonne question ! Combien de temps allait-il pouvoir tenir, sans se laisser gagner par cette expérience religieuse bizarre ? Je vous le dis, mes amis, si vous n'êtes pas protégé par le Seigneur, vous aurez des ennuis si vous allez assister à ces réunions !

    Vous savez, Salomon nous fait réfléchir dans le Livre de l'Ecclésiaste. Il a écrit : "Mieux vaut le chagrin que le rire ; car avec un visage triste le cœur peut être content. Le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés dans la maison de joie. Mieux vaut entendre la réprimande du sage que d'entendre le chant des insensés" (Eccl. 7 :3-5). Que veut-il dire par là ? Nous demande-t-il de nous promener avec des têtes d'enterrement, et de croire en permanence que nous sommes de "misérables vers" ? Pas du tout ! Il veut nous dire que les hommes pieux sont des hommes réfléchis et sérieux. Ils ne se laissent pas aller à ces réjouissances insensées que l'on qualifie aujourd'hui de "réveil" ! Passer des heures à rire de manière hystérique et incontrôlable représente une expérience spirituelle qui n'édifie absolument pas. Allez donc voir ceux qui se réunissent pour fumer du cannabis, de la marijuana ou de l'herbe, et observez ce qu'ils font ! Vous verrez que la plupart de ceux qui fument du cannabis passent beaucoup de temps à rire exactement de la même manière, à rire sans aucun motif. Ce n'est qu'un rire cathartique.

    Quand je lis ce que faisait le démoniaque de Gadara, je vois un homme qui manifestait un comportement très étrange, avant de rencontrer Christ. Il se roulait dans des tombes. Il se coupait avec des pierres aiguës. Mais, après avoir rencontré Jésus-Christ, comment le voyons-nous ? "Assis, vêtu, et dans son bon sens" (Marc 5 :15). Voilà le modèle de quelqu'un qui vient de se convertir ! C'est quelqu'un qui est parvenu au but. Il n'a plus besoin de battre la campagne pour participer à des réunions où il peut vivre ces expériences phénoménales. C'est quelqu'un qui conduit à présent sa vie d'une manière ordonnée et décente, quelqu'un de stable et rempli de bon sens.

    Vous pourriez me dire : "Dans ce cas, n'y a-t-il donc aucune joie à être Chrétien ?" Peut-être faites-vous partie de ceux qui disent que ces gens rient parce qu'ils sont remplis de la joie d'être dans le Seigneur ? Certes, on éprouve une joie intérieure profonde à être Chrétien ! Mais il est évident que ce rire incontrôlable s'est transmis par contagion à ceux qui assistent à ces réunions. C'est complètement irrationnel. Cela n'a absolument rien à voir avec la joie profonde ressentie par les vrais Chrétiens. Nous savons que nous avons été sauvés de la damnation éternelle par la pure grâce de Dieu. Ce n'est pas par nos mérites que le Seigneur nous a arrachés de la puissance de Satan pour nous faire entrer dans Son Royaume éternel afin d'être avec Lui pour toujours ! Mais ces vérités ne sont nullement l'occasion de nous mettre à rire grassement ! Elles sont l'occasion de nous faire éprouver la plus grande joie imaginable ! Le fait d'avoir été sauvé de la damnation éternelle ne doit pas déclencher en nous un rire inextinguible ! Mais il est la cause et la source de la plus grande joie imaginable. Je suis incapable de comprendre comment une telle joie peut provoquer ces phénomènes monstrueux auxquels nous assistons, quand des foules se roulent à terre et s'empilent pendant des heures en riant !

    Je ne dis pas que nous ne devrions jamais rire, ni pleurer, ni avoir de l'humour ! Loin de moi cette pensée ! Nous ne sommes pas des sacs d'ossements ! Le Seigneur nous a donné des émotions, et nous ressentons des émotions quand nous faisons des expériences spirituelles. Nous pouvons connaître des manifestations émotionnelles. Mais des Chrétiens sont des gens qui savent se contrôler. Ils doivent être stables et faire preuve de bon sens. L'un des fruits de l'Esprit est le contrôle de soi, sous la direction du Seigneur. Quand un réveil se produisit à Farmington, dans le Connecticut, au début des années 1800, sous la direction d'Asahel Nettleton, on a écrit ceci :

    "Il est très intéressant de relever quels étaient les sentiments éprouvés par les habitants de cette ville au cours de ce réveil. On n'assistait à aucun dérèglement émotionnel, à aucune excitation tapageuse. Mais ce réveil était partout accompagné de sérénité et de solennité. Les rues étaient très calmes. Tout le monde était convaincu que le Seigneur était présent en ce lieu".

    C'est ce que j'appelle une attitude réfléchie et sérieuse. Un vrai réveil est partout accompagné de sérénité et de solennité. Cela semble merveilleux ! Iain Murray a écrit un livre très intéressant : "Revival and Revivalism" (Réveil spirituel et renouveau charnel). Il compare les réveils authentiques aux faux réveils, et montre comment un réveil authentique peut être remplacé par un mouvement de renouveau qui n'est qu'une œuvre de la chair et qui n'est plus conduit par Dieu. Il écrit ceci : "Les signes réels de la présence de Dieu au milieu des hommes sont le respect, l'humilité et le calme, plutôt que l'excitation et le bruit. Quand les gens sont conscients de la présence manifestée de Dieu, comme Moïse, ils s'inclinent et adorent. Nettleton, dans ses réunions, encourageait le silence et le calme devant le mystère divin. Une telle attitude ne pouvait provenir que du Ciel".

    Une telle attitude est à des années-lumière de ce rire hystérique et incontrôlable que l'on voit aujourd'hui, et dont on entend tellement parler. Mais d'où provient donc ce prétendu "saint rire" ? La première mention que j'ai pu retrouver de ce phénomène concerne les réunions du mouvement appelé "Mouvement de la Sanctification", au milieu du 19e siècle. Ce mouvement a finalement donné naissance au Mouvement Pentecôtiste, au début du 20e siècle. Vous devez savoir que ce Mouvement de la Sanctification a lui-même une origine très intéressante. J'en parlerai un peu plus loin. Ce n'est pas le moment d'en parler maintenant.

  4. La cinquième caractéristique des véritables réveils est une soif toujours plus grande pour la Parole de Dieu.

    Dans les églises qui ont connu un remarquable succès de l'Evangile, nous voyons, sans une seule exception, que les Chrétiens éprouvent un désir extraordinaire de connaître les vérités de la révélation de Dieu. Prenez connaissance de cet extrait d'une lettre écrite par un pasteur de Lyme, dans le Connecticut, aux USA, et datée du 14 avril 1744. C'est l'époque de la fin du premier grand réveil. Lisez cela, mes amis, et cela va réellement vous réchauffer le cœur !

    "Le sermon que j'avais donné le 23 mars a produit des effets surprenants. Il n'y a eu aucun cri d'indignation, mais une préoccupation générale et profonde chez tous les membres de l'assemblée, qui ont beaucoup pleuré, soupiré et sangloté. Ce qui me semblait être un espoir devint une réalité, autant que je puisse en juger, après avoir conversé avec de nombreux membres de l'église. Ils m'ont dit qu'ils n'avaient jamais éprouvé la sensation d'un tel danger de remettre à plus tard l'examen de l'état de leur âme, après avoir écouté mon sermon. Ils ont été surpris de leur propre insouciance passée, et étonnés de ce que Dieu ait pu Se montrer aussi patient avec eux, depuis si longtemps. Plusieurs m'ont avoué qu'ils avaient entendu prêcher l'Evangile depuis 30, 40 ou 50 ans, mais sans avoir jamais ressenti la puissance de la Parole dans leur cœur, autant qu'ils la ressentaient à présent. Auparavant, le cri de leur cœur était le suivant : "Quand finira donc ce sermon, et quand finira ce dimanche ?" A présent, ils trouvent que le pasteur finit trop tôt, et qu'il se passe trop de temps entre deux sermons ! Ils ont soif de revenir entendre la Parole. Auparavant, ils n'aimaient pas les prédications qui les obligeaient à sonder leur âme. A présent, ils n'ont jamais assez de ce genre de messages, comme de tous les autres messages d'une même importance".

    Ce pasteur ajoute :

    "Après cela, je pus observer que nos rassemblements étaient plus nombreux, et que les participants étaient plus attentifs que jamais, chaque fois qu'ils se réunissaient pour un culte public. Les dimanches ne suffirent plus pour écouter des sermons. De plus en plus de personnes me pressaient de donner des enseignements plus fréquents. Je fus heureux d'observer les gens s'attrouper aux fenêtres, et tous se presser pour écouter la Parole. Je consentis donc bien volontiers à satisfaire les requêtes de l'assemblée, qui me demandait de prêcher aussi souvent que je le pouvais, en plus des réunions habituelles du dimanche. J'organisai une réunion générale hebdomadaire supplémentaire, ainsi que plusieurs réunions particulières en divers lieux de la paroisse. L'hiver précédent, j'avais commencé une petite réunion dans une maison particulière, au bénéfice d'un jeune homme infirme. Cette réunion n'avait été suivie jusque-là que par un petit nombre de personnes, environ sept, si je me souviens bien. A présent, en l'espace d'un mois, l'assistance avait tellement grandi qu'elle regroupait plusieurs centaines de personnes ! A tel point que j'ai été obligé de transformer cette réunion privée en conférence publique. Un soir que je prêchais sur le Psaume 109, j'ai pu observer qu'une grande partie de l'auditoire était en pleurs. J'ai entendu plusieurs personnes crier, dans l'amertume de leur âme, comme le prouvait le ton de leur voix. Quand le sermon fut terminé, il fallut que je m'occupe de ceux qui me demandèrent de l'aide. Ils me disaient : "Hélas ! Je suis perdu ! Je suis perdu ! Oh ! Mes péchés ! Comme ils rongent ma vie ! Que vais-je devenir ? Comment vais-je échapper à la damnation et à l'Enfer ?""

    Que voyons-nous dans ce réveil ? Nous voyons une soif toujours plus grande d'entendre la Parole de Dieu. En revanche, dans les églises qui sont atteintes par cette maladie de Toronto, nous assistons surtout à l'exaltation d'une expérience subjective, aux dépens de la vérité objective. Ce sont des révélations et des prophéties personnelles qui deviennent l'ancre de l'âme. On réduit la Bible à un rôle secondaire. On ne l'utilise que pour citer des passages tirés de leur contexte, afin d'étayer des idées personnelles. Je peux donner un exemple de cette approche, en citant cette déclaration du prédicateur charismatique Kenneth Hagin, qui a écrit dans son magazine : "Décidez d'abord ce que vous voulez obtenir de Dieu, puis trouvez un passage de l'Ecriture qui se rapporte à votre problème". Quelle manière d'utiliser la Parole de Dieu !

    Un véritable réveil crée dans les cœurs un profond respect pour la Parole de Dieu, et un ardent désir d'entendre une prédication la transmettre d'une manière vivante.

  5. La sixième caractéristique des véritables réveils est qu'ils ne peuvent pas être produits par des efforts humains.

    Seul le Seigneur Lui-même peut produire un réveil. Nous pouvons prier pour un réveil, supplier Dieu de nous l'accorder, mais nous ne pourrons jamais le produire ou le fabriquer. Tout au moins, pas un réveil authentique. Si nous étudions l'histoire des réveils, nous voyons que des gens se sont réunis pendant des années pour prier pour un réveil, avant de le voir se manifester. Parfois, on voit des gens prier pour un réveil dans leur village, et le réveil éclater dans un village voisin. Que voulait leur montrer le Seigneur, d'après vous ? "Ce n'est ni par la puissance ni par la force, mais c'est par mon Esprit, dit l'Eternel des armées" (Zacharie 4 :6). Avec le Seigneur, les choses se passent de sorte qu'aucune chair ne puisse se glorifier en Sa présence. Dieu savait manifestement des choses que ces gens ne savaient pas eux-mêmes. Il voulait leur montrer qu'Il agissait selon Ses voies. Il voulait leur montrer que l'Esprit agit où Il veut, et pas nécessairement où nous le voulons.

    C'est précisément ce que nous observons dans tous les véritables réveils. Mais quand nous étudions cette vague actuelle de la maladie de Toronto, nous remarquons qu'un esprit complètement différent est à l'œuvre. Les partisans de ce nouveau "réveil" vous diront que tout cela vient de l'Esprit de Dieu, qu'ils n'ont rien à faire, et que c'est l'esprit qui fait tout. Mais la réalité est tout autre ! Lisez ce compte-rendu d'une réunion récente qui s'est passée à l'Eglise de la Sainte Trinité de Brompton, à Londres :

    "Tout d'abord, quelqu'un a commencé à chanter. Puis il y eut une lecture dans l'épître aux Corinthiens. Ensuite, le vicaire, le Révérend Sandy Miller, s'est levé. Il nous a parlé de toutes les choses étranges qui s'étaient passées le dimanche précédent, et il a demandé aux témoins se s'avancer pour raconter ce qu'ils avaient vécu. Un jeune homme s'approcha, et nous parla des sensations extatiques qu'il avait ressenties lorsque M. Miller l'avait touché, et qu'il était tombé à terre. Il lui avait semblé qu'il était dans les bras d'un père adorable. "J'étais submergé par un sentiment d'amour", dit-il. M. Miller lui demanda : "Voulez-vous essayer encore ?" Le jeune homme fut d'accord. M. Miller lui toucha le front. Aussitôt les paupières du jeune homme se mirent à battre, ses genoux fléchirent, et il tomba à terre en produisant des sons inarticulés. Il y eut bientôt quatre personnes à terre. Deux d'entre elles riaient, une autre produisait des sons bizarres, et la quatrième restait silencieuse. Puis les vicaires parcoururent les allées, touchant les membres de l'assemblée, qui tombaient tout autour de moi. A ma droite, un jeune homme en short se roulait à terre d'une manière hystérique, en tenant la main d'une autre personne qui partageait son accès d'allégresse spirituelle".

    Pouvons-nous dire que nous assistons là à une œuvre de réveil conduite par le Saint-Esprit ? Ou sommes-nous en présence d'une manifestation provoquée par une suggestion humaine ? Dans les réveils authentiques du passé, les gens étaient touchés par la prédication de la Parole de Dieu, et par la présentation des grandes vérités de l'Evangile. Dans ce compte-rendu, il n'est fait mention d'aucune prédication. Il n'y a eu qu'une petite lecture dans l'épître aux Corinthiens (laquelle ?), mais beaucoup de techniques de suggestion employées par le vicaire. En fait, tout ce qui s'est passé ce soir-là aurait pu être fait par un bon hypnotiseur dans un night-club du coin. Ce n'est que du pur mesmérisme ! Anton Mesmer était ce pseudo homme de science du 18e siècle, qui avait ouvert à Paris des cliniques de "guérison par la foi". C'est aussi lui qui avait découvert le puissant effet que pouvaient avoir les techniques de suggestion sur la psychologie humaine. Je voudrais vous citer un extrait de la description d'une séance de guérison dans sa clinique :

    "Mesmer marchait majestueusement dans la pièce. Il passait ses mains sur le corps de ses patients, ou les touchait avec une longue règle de fer. Les résultats étaient variables. Certains patients ne ressentaient rien du tout. D'autres sentaient comme des insectes qui rampaient sur eux. D'autres se mettaient à rire de manière hystérique, étaient saisis de convulsions ou d'accès de hoquet. D'autres encore tombaient dans un véritable délire, qui était appelé "la crise", et qui était considéré comme très salutaire".

    Mesmer était en réalité un maître de l'hypnose. C'est aussi le cas de nombreux responsables charismatiques aujourd'hui. Ils s'y connaissent en matière de puissance et savent l'utiliser. Il est vrai qu'il y a un nombre infini de gens faciles à duper et toujours prêts à laisser ces hommes les manipuler par leur puissance.

    Si vous pouvez reproduire à volonté un réveil en frappant quelqu'un sur le front, ou en donnant aux gens certaines instructions pratiques, il ne s'agit pas d'un réveil véritable. Pourtant, dans les réveils modernes, on fait cela constamment. En réalité, beaucoup de ces choses se pratiquent déjà depuis des années dans les milieux pentecôtistes et charismatiques. Cela fait longtemps que l'on pratique ce genre de chutes, provoquées par des suggestions hypnotiques. Ce n'est pas nouveau. J'ai personnellement assisté à des réunions où les gens faisaient la queue pour être touchés. S'agit-il d'un réveil reproduit par des méthodes humaines, ou d'une véritable œuvre du Saint-Esprit ?

    Mais il y a quand même quelque chose de nouveau dans ce qui se passe aujourd'hui, en ce sens que beaucoup de gens tombent sans même avoir été touchés. Ils en tirent argument pour dire que c'est bien une preuve qu'il ne s'agit pas d'un réveil produit par des moyens humains, et que ce doit être l'œuvre du Saint-Esprit. Certaines personnes ont du mal à répondre à cet argument. Mais quand vous avez sérieusement étudié tout ce qui se passe depuis des années, vous aboutissez à une conclusion complètement différente.

    Il est possible de répondre beaucoup plus facilement à cet argument lorsque vous en savez un peu plus, tout d'abord sur la manière dont agit la suggestion mentale, et ensuite sur la manière dont les démons agissent. Beaucoup de prétendues prophéties ont été données dans un passé récent. Vous devez savoir que le "réveil" actuel a été activement "préparé" au cours des dernières années. Aujourd'hui, il vous suffit de mentionner simplement le mot "réveil" pour en déclencher un, presque instantanément. Car, pour beaucoup, ce mot est synonyme de gens qui tombent en masse en manifestant toutes sortes de phénomènes étranges. Ce mot agit comme un stimulus. Il suffit de le prononcer pour déclencher les réactions appropriées. Dans les cercles qui vivent ce "réveil", les gens ont été systématiquement entraînés depuis des années à mettre de côté leurs facultés mentales, pour pouvoir passer par ces expériences.

    Dès que vous mettez de côté vos facultés mentales, pour vous livrer à ces rires incontrôlables et hystériques, pour vous rouler à terre, pour prononcer des propos incohérents, ou pour vous laisser aller à un bon vieil évanouissement religieux, je n'ai pas besoin de vous dire que vous vous rendez très vulnérable à l'action des puissances démoniaques. Aujourd'hui, les gens ne réalisent pas vraiment dans quoi ils s'engagent. Nous sommes au milieu d'un grand combat spirituel, mes amis ! Ce que Satan désire par-dessus tout, c'est nous voir faire le vide complet dans nos pensées, en nous imaginant que nous nous évanouissons dans les bras d'un tendre père. Ce qui se passe vraiment, c'est, au mieux, un phénomène hypnotique. Mais, au pire, il peut s'agir d'un cas réel de possession démoniaque. Je ne parle pas ici d'un cas patent de pleine possession démoniaque, mais d'une possession temporaire, comme dans le cas d'un médium. Les médiums se livrent à l'action d'un esprit, que ce soit leur esprit guide ou tout autre esprit. Ils entrent alors dans un état de transe pendant une brève période, puis l'esprit les quitte. Je parle donc de transes produites par une possession démoniaque temporaire. C'est ce que les shamans pratiquent depuis des millénaires. J'ai lu le témoignage d'un certain nombre de charismatiques qui ont compris à présent que les pouvoirs surnaturels qu'ils avaient exercés pendant des années dans le mouvement charismatique, comme l'exercice d'un don de prophétie, les visions, l'audition de voix, et les autres phénomènes semblables, n'étaient pas provoqués par le simple exercice de leur imagination, mais étaient de véritables facultés occultes. Ces facultés n'étaient donc que de la parapsychologie, de la clairvoyance, de la clairaudience ou de la divination, et pouvaient être directement attribuées à des puissances démoniaques. Sinon, comment pourrions-nous expliquer la multitude des fausses prophéties et des fausses paroles de connaissance qui ont été apportées dans le mouvement charismatique, au cours du dernier quart du 20e siècle ?

    Toutefois, que l'on attribue ces phénomènes à de la simple suggestion mentale ou à une possession démoniaque, il s'agit, en fin de compte, d'un effort purement humain, d'une œuvre de la chair que l'on peut reproduire à volonté, et non d'une œuvre authentique du Saint-Esprit.

  6. La septième, et dernière caractéristique des véritables réveils est qu'ils ne sont pas uniformes.

Les partisans du réveil de Toronto croient que les phénomènes qu'ils sont en train de vivre sont la preuve indiscutable qu'il s'agit d'un réveil authentique. Parce qu'ils sont persuadés que tous les réveils authentiques ont été accompagnés de ces phénomènes physiques. Ce qui n'est absolument pas vrai. Au cours des réveils authentiques, les prédications entraînaient une grande variété de réactions. Il y avait parfois des manifestations corporelles, mais en aucun cas ces phénomènes généralisés de rires hystériques. Parfois, les gens restaient remarquablement silencieux. Je voudrais vous lire un extrait de ce qui s'est passé en 1745, au cours d'un réveil à Golsby en Ecosse. Vous trouverez ce récit dans la "Robes Monthly History, Number 5" :

"Depuis le début du mois de novembre, il y a eu jusqu'à 70 personnes qui sont venues me consulter à propos de l'état de leur âme. Entre autres choses, elles m'ont dit qu'elles se trouvaient depuis plusieurs mois accablées par le sentiment de leur grave culpabilité. Cette œuvre était plus ou moins avancée selon les cas. Toutes ces personnes manifestaient cependant un comportement décent, grave et solennel. Certaines versaient d'abondantes larmes, qu'elles s'efforçaient de contenir autant qu'elles le pouvaient, ainsi que tous les autres signes visibles de leurs préoccupations intérieures. En raison du silence et du calme qui accompagnait cette œuvre depuis son commencement, nous n'avons jamais entendu de reproches ni de critiques à son sujet".

Nous constatons dans ce récit que cette œuvre de l'Esprit se faisait dans le silence et dans le calme. Le reste de ce compte-rendu nous montre que ces personnes préféraient réserver leurs débordements éventuels aux moments où ils se retrouvaient seuls dans leur chambre à coucher. Aujourd'hui, on semble réserver ces débordements aux moments où l'on se retrouve en foule, ou devant des caméras de télévision !

Si vous commencez à étudier l'histoire des réveils, et j'espère que vous le ferez, vous découvrirez que l'une des caractéristique de ces réveils est leur absence d'uniformité. Tandis que lorsque vous étudiez tous les réveils produits par les efforts de l'homme, vous vous apercevez que ces "réveils" connaissent tous les mêmes manifestations physiques. Les partisans de ces réveils pensent : "Si nous ne voyons pas ces choses se produire, il n'y a pas de réveil !"

Nous venons d'étudier les sept caractéristiques principales de tous les réveils authentiques. Je devrais plutôt dire : ce qui caractérise réellement la réussite de la prédication de l'Evangile, parce que c'est ce que nous recherchons. Nous avons vu qu'il pouvait se produire des phénomènes physiques, et pour quelles raisons ils se produisaient. Nous avons aussi vu à quel point ces phénomènes physiques étaient différents de ceux qui se produisent aujourd'hui.

Fin de la première partie